Ce lundi, 49 départements et 35 millions de Français sont placés en vigilance rouge canicule, un événement qui rappelle que le climat se réchauffe et que chaque mois bat des records de température. Selon Pascal Yiou, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), la possibilité d'atteindre 50°C en France est réelle, mais pas immédiate.
Un seuil symbolique franchissable
Le record actuel en France est de 46°C, enregistré le 28 juin 2019 à Vérargues (Hérault). À l'échelle mondiale, 56,7°C ont été mesurés dans la Vallée de la Mort aux États-Unis. Interrogé par 20 Minutes, Pascal Yiou explique que la barre des 50°C a été presque atteinte en Colombie-Britannique (49,3°C), un territoire situé à la même latitude que la France. « Il y a des possibilités pour que ce soit atteint, oui. Sans que ce soit une certitude. Ce que l'on sait, c'est que physiquement, c'est tout à fait possible », affirme-t-il.
Pourquoi pas aujourd'hui ?
Plusieurs phénomènes doivent se combiner pour atteindre 50°C : hautes pressions, ciel clair et transport d'air chaud. En France, ces facteurs jouent les uns contre les autres. « L'air est trop humide, il limite l'augmentation de température. L'air chaud monte, rencontre de l'air froid, ce qui crée des orages et de la pluie, faisant redescendre la température », détaille Yiou. Cela explique pourquoi les maximales prévues sont de 42 à 43°C, et non 50°C. L'humidité accentue la moiteur et empêche la température de baisser la nuit, rendant la situation inconfortable.
Quand les 50°C pourraient-ils être atteints ?
Le chercheur estime que le seuil des 50°C deviendra « clairement atteignable » si le réchauffement climatique atteint 2°C. Dans cette hypothèse, le bassin méditerranéen perdrait 20 % d'humidité, rendant l'environnement plus sec et propice à des températures extrêmes. En revanche, si le réchauffement est limité à 1,5°C, comme le prévoient les accords de Paris, la probabilité serait « beaucoup plus faible ». « C'est impossible à dire précisément, mais plus l'environnement sera sec, plus il fera chaud », ajoute-t-il.
Où les 50°C pourraient-ils survenir en premier ?
Selon Yiou, la zone la plus probable se situe entre Nice et Bordeaux, dans le sud de la France, où les températures sont déjà les plus élevées (Var, Occitanie). « Si un jour il fait 50°C à Paris, il y a fort à craindre que ce soit bien pire ailleurs », prévient-il.
Comment éviter ce scénario ?
Pour éviter d'atteindre ce seuil, le chercheur insiste sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Il faut impérativement réduire notre consommation d'énergies fossiles, avoir davantage recours aux transports en commun. On doit aussi mieux isoler nos bâtiments, ce sera plus agréable en hiver comme en été, et limitera le recours à l'énergie. Il faudra aussi adapter nos villes pour privilégier davantage de verdure, que la ville devienne une éponge, ce qui limitera la chaleur et la hausse des températures », conclut Pascal Yiou.



