Une vague de chaleur déferle sur la France à partir de ce mercredi 17 juin, en plein examen du bac. « L'épisode de fortes chaleurs s'étend sur une grande partie du pays », indique le bulletin de 6 heures de Météo-France. Dès jeudi, 26 départements basculeront en vigilance orange à la canicule.
Une intensification attendue
Cette vague de chaleur devrait s'intensifier au cours de la semaine pour atteindre jusqu'à 40 °C localement dimanche lors du solstice d'été. Dans les régions Poitou-Charentes, Centre-Val de Loire, Ile-de-France et la vallée du Rhône, « c'est tout à fait possible que de façon localisée, on approche ou on atteigne même ces 40 °C », détaille Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France.
La majorité des régions françaises doit ce mercredi être concernée par des températures comprises entre 30 °C et 35 °C, avec des pointes à 36 °C-37 °C possibles dans le Sud-Ouest, le Centre-Ouest et le Centre-Est. Seules la Bretagne et les zones côtières de la Manche sont pour l'instant épargnées. Dimanche, pour la fête de la musique, plusieurs régions pourraient connaître « des pointes à 40 °C », prévient Christelle Robert.
La France va ainsi subir sa première « vague de chaleur » de l'année, la 52ᵉ depuis 1947, alors que les occurrences se multiplient sous l'influence du changement climatique alimenté par l'utilisation massive des énergies fossiles. Fin mai, le pays avait été frappé par des températures inédites pour le mois, mais l'épisode ne rentrait pas dans les critères précis des météorologues pour le qualifier de « vague ».
Le phénomène concerne aussi les voisins de la France. Au Royaume-Uni, l'office météorologique a prévenu que les températures allaient grimper au cours de la semaine, pouvant approcher les 30 °C dans le sud-est de l'Angleterre vendredi. En Espagne, le thermomètre devrait tutoyer 40 °C lundi, d'après les prévisions de Météo-France.
26 départements en alerte orange jeudi
Ce mercredi, 50 départements ont été placés en vigilance jaune à la canicule par Météo France. Dès jeudi, 26 basculeront en vigilance orange, dont tous ceux de l'Ile-de-France.
L'examen du bac en pleine canicule
En France, la canicule va toucher les épreuves du baccalauréat. Mercredi et jeudi sont les jours d'épreuves de spécialités en terminale. Le ministre de l'Education, Edouard Geffray, a souhaité dimanche que plus « aucun examen » ne se déroule les après-midi.
« On est dans l'impréparation la plus totale », dénonce François Tessier, professeur d'histoire-géographie dans un lycée de Vierzon (Cher) et président du Snalc Orléans-Tours. « Les personnels de direction essayent de trouver les salles les plus à l'ombre, dans les bâtiments qui le permettent », mais sinon « on n'a rien », regrette-t-il, excepté « quelques bouteilles d'eau » et « éventuellement un malheureux ventilateur par salle ». L'enseignant s'inquiète particulièrement pour les jours à venir : « Qu'est-ce qui va se passer lundi, où l'on nous annonce 40 °C [pour le grand oral] ? Je suis bien incapable de vous le dire ».
Mardi, le ministre de l'Education a annoncé que les épreuves orales de français ainsi que le grand oral du baccalauréat, prévus à partir de la semaine prochaine, pourront être reportés localement de « quelques heures ou de quelques jours » en raison de la vague de chaleur. Il s'agit « d'octroyer des conditions décentes non seulement pour les élèves, mais également les personnels », qui passent « six à sept heures dans la journée à faire passer » les oraux, a-t-il précisé.
Paris autorise la baignade anticipée
Le maire de Paris a annoncé mardi autoriser dès ce mercredi la baignade dans une portion du canal Saint-Martin, dans l'est de la capitale. « Dépenser énormément d'énergie, de police municipale, de police nationale, pour empêcher les jeunes de se baigner alors qu'il faisait 40 degrés » mi-mai « nous a paru légèrement absurde », a commenté Emmanuel Grégoire lors d'un point presse. « Et donc on s'est beaucoup mobilisé depuis un mois […] pour faire en sorte d'inverser la logique, c'est-à-dire qu'il soit autorisé de se baigner » sous conditions, « plutôt que de l'interdire », a-t-il ajouté.
Par conséquent, la baignade, surveillée, sera autorisée dans une zone délimitée longue de 100 mètres, et « cela le temps que durera le pic caniculaire, et on gardera cet outil à disposition à chaque fois, pour faire en sorte que les Parisiennes et les Parisiens, jeunes ou moins jeunes, puissent venir se baigner gratuitement », a expliqué l'édile socialiste, rappelant les dangers des baignades hors zone surveillée. Ce coup d'essai pourrait s'étendre hors épisode caniculaire et sur d'autres sites. « Il ne me paraîtrait pas déplaisant de pouvoir continuer » à se baigner, mais cela doit se faire avec « rigueur et méthode », estime Emmanuel Grégoire.
Production d'électricité en baisse
Les fortes chaleurs peuvent aussi ralentir l'activité économique, par exemple la production d'électricité. EDF envisage ainsi des baisses de production dans deux de ses centrales nucléaires de la région Auvergne/Rhône-Alpes, au Bugey (Ain) et à Saint-Alban (Isère), pour limiter le réchauffement du Rhône.
Les animaux affectés en pleine « phase critique »
Dans la nature, les oiseaux ou les petits mammifères peinent à réguler leur température quand la chaleur devient étouffante. Et le printemps, « moment de l'élevage des jeunes », représente « une phase critique », souligne Grégoire Loïs, ornithologue au Museum national d'Histoire naturelle. « Un événement d'extrême thermique en septembre n'a pas le même impact qu'au mois de mai ou juin », remarque le scientifique.
L'exécutif met en scène sa mobilisation
Critiqué par l'opposition pour son « impréparation » lors du précédent épisode de chaleur, le gouvernement entend montrer sa mobilisation. Plusieurs ministres se sont déplacés au centre de crise sanitaire du ministère de la Santé mardi après-midi. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, doit présenter mercredi un « premier bilan » du Plan national d'Adaptation au Changement climatique, censé préparer la France à un réchauffement pouvant aller jusqu'à +4 °C d'ici à 2100.
Ce genre d'épisodes est appelé à se multiplier à l'avenir. Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, rappelle que le pays est confronté à « des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses aussi, signe manifeste du changement climatique ».



