La canicule qui écrase la France depuis une semaine atteint des niveaux inédits. Ce jeudi, 72 départements sont placés en vigilance rouge par Météo-France, un record absolu depuis la création de ce niveau d'alerte en 2004. Les températures moyennes nocturnes et diurnes battent également des records, avec des valeurs mesurées pour la première fois sur le territoire.
Un système d'alerte jugé adapté
Interrogé sur l'adéquation du système de vigilance face à des épisodes caniculaires de plus en plus intenses, Sébastien Léas, prévisionniste chez Météo-France, estime que les critères sont « totalement adaptés ». Il rappelle que la vigilance est un produit récent, mis en place à l'automne 2001, et que la canicule n'y a été intégrée qu'en 2004. Depuis, des critères et paramètres ont été ajoutés pour améliorer la pertinence des alertes.
« Pour la canicule, on prend aussi en considération le volet sanitaire, avec la Direction générale de la santé et Santé publique France, pour voir la situation dans les hôpitaux et aux urgences. Donc quand on bascule en rouge, ce n'est pas exclusivement que du paramètre météorologique », précise-t-il.
Vers une vigilance infradépartementale
Les évolutions à venir portent sur une approche infradépartementale. « On est en train de le mettre en développement pour permettre, notamment sur des épisodes pluvieux méditerranéens, de cerner vraiment les zones qui sont touchées vers l'intérieur des terres, alors que le littoral est souvent 'affranchi' », explique Sébastien Léas, citant l'exemple du Languedoc.
Pas de nouveau niveau de vigilance prévu
Alors que certains pays comme l'Allemagne disposent d'un niveau violet supplémentaire, Météo-France n'envisage pas d'ajouter une couleur au-delà du rouge. « Honnêtement, je ne pense pas », déclare le prévisionniste. Il estime que le rouge reste un signal fort et qu'il n'y a pas de risque d'« hypovigilance » malgré la multiplication des alertes.
« Ce n'est pas décent d'avoir ces chaleurs en France, ce sont des données hallucinantes qui sortent complètement du cadre », ajoute-t-il. Il compare l'épisode actuel à celui de 2003, qui reste la référence pour sa longévité, tandis que l'intensité de 2025 pourrait devenir la nouvelle référence pour les vingt prochaines années.
Des critères de déclenchement potentiellement revus
Interrogé sur une possible adaptation des seuils de déclenchement, Sébastien Léas indique que des ajustements pourraient être envisagés à l'avenir, mais pas immédiatement. « Quand on réadapte les critères, notamment pour les déclenchements climatologiques de vagues de chaleur, malheureusement, ça efface de l'histoire certains épisodes qui étaient légèrement au-dessus des seuils et qui d'un coup passent en dessous des nouveaux seuils. C'est pour ça qu'on hésite toujours à changer nos critères. »
Un retour d'expérience sera réalisé à l'issue de l'été, comme chaque année, pour évaluer ce qui a bien fonctionné et ce qui peut être amélioré dans les procédures.
Une vigilance exceptionnelle
La vigilance canicule a été créée après la canicule de 2003. La première vigilance rouge pour ce critère a été déclenchée en 2019, puis en 2022 et enfin en 2025. L'épisode actuel est exceptionnel car « tout le monde est concerné par la vague de chaleur », souligne Sébastien Léas. Même les zones habituellement épargnées, comme le pourtour méditerranéen, sont en vigilance jaune, ce qui signifie qu'elles dépassent les seuils de canicule locaux.
En comparant avec 2003, une simulation fictive montre qu'à l'époque, des pôles de fraîcheur subsistaient en Bretagne, Basse-Normandie, Haute-Savoie et Corse-du-Sud, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Moins de départements auraient été en rouge, mais davantage en orange, et certaines zones étaient totalement affranchies de la forte chaleur.



