Le 20 mai 2023, le paquebot de croisière « Seven Seas Splendor » a provoqué une vague géante sur la presqu’île d’Ambès, au confluent de la Garonne et de la Dordogne. Cet incident a causé des dégâts importants : une digue éclatée, une route fermée et une habitation touchée à Saint-Louis-de-Montferrand. Selon le rapport préliminaire du grand port maritime de Bordeaux, la cause est une vitesse excessive du navire à ce niveau de l’estuaire de la Gironde.
Bien que qualifié d’« extrêmement rare » par les services portuaires, ce phénomène n’est pas inédit. Un lecteur de 83 ans, Antoine Vialard, originaire de Pauillac, a rappelé que dans les années 1950, le paquebot « Maroc » descendait ou remontait la Gironde à pleine vitesse, coulant les barques amarrées le long du rivage. Les archives de Sud Ouest confirment ce témoignage.
Les vagues du « Maroc »
Le 29 juillet 1953, cinq paquebots étaient amarrés quai Carnot à Bordeaux, dont le « Maroc », un géant flambant neuf de la compagnie Sud-Atlantique. Il reliait Bordeaux à Casablanca en cinquante-deux heures. Entre 1952 et 1955, à chaque mouvement du « Maroc », le capitaine du port publiait un communiqué dans le journal pour informer les usagers et riverains du jour et de l’heure de départ ou d’arrivée, les invitant à prendre des précautions, notamment pour l’amarrage des navires, sans mention explicite des habitations.
En 1955, la liaison fut interrompue et remplacée en mars 1956 par « Le Saga », après une polémique suivie par Sud Ouest. Malgré l’appréhension des riverains, l’activité du « Maroc » était jugée économiquement cruciale pour le port de Bordeaux.
Le « Crystal-Symphony » en 2001
Le 25 avril 2001, un incident similaire s’est produit avec le paquebot « Crystal-Symphony ». La route départementale 10, en bordure de la Garonne, a été engloutie sous une énorme vague d’étrave. Les digues n’ont pas résisté, déposant des tonnes de déchets. Aucune voiture ne passait, évitant une catastrophe. Les conditions défavorables incluaient un fort coefficient de marée (94), une surcote de 40 cm due aux pluies, une navigation à marée haute et un fort vent d’ouest.
En avril 2002, le retour du mastodonte suscita des inquiétudes. Le maire de l’époque, Pierre Soubabère, avait porté plainte pour erreur humaine, sans suite. La digue fut réparée et légèrement rehaussée, et l’élu souligna l’urgence de créer un syndicat mixte de lutte contre les inondations.
Ces archives montrent que le phénomène des vagues géantes provoquées par les paquebots dans l’estuaire de la Gironde est récurrent, des années 1950 à nos jours.



