Dans les années 1950, le train à vapeur qui traversait la commune de Gajan, dans le Gard, se transformait régulièrement en déclencheur d'incendies dans la garrigue. Les anciens du village, âgés d'une dizaine d'années à cette époque, se souviennent parfaitement de ces événements. Le train circulait beaucoup alors, transportant essentiellement du charbon des mines d'Alès. C'est d'ailleurs dans ce but que fut construit le premier tronçon Nîmes – Alès, mis en service en 1840. La ligne des Cévennes suivit, permettant dès 1870 la liaison complète Clermont-Ferrand – Nîmes.
Des escarbilles enflammées sur le passage du convoi
« On voyait passer de longs convois, expliquent les témoins, y compris avec des wagons de voyageurs. » En montant le Mas des Roches, le chauffeur en profitait pour ramoner la cheminée de la locomotive afin de tirer mieux, vu la charge. Au milieu de la fumée noire s'envolaient alors des escarbilles, ces petits morceaux de charbon incandescent mêlés aux cendres, qui, en période de sécheresse surtout, mettaient le feu à la garrigue et aux bois de la commune traversés par la voie.
Des combats contre les flammes menés par les villageois
On sonnait alors le tocsin et les villageois se précipitaient, car il n'y avait que quatre pompiers, aussi la population était, elle, amplement sollicitée. Pendant qu'armés de pelles et de branches coupées les hommes luttaient contre les flammes, les gamins et les femmes regardaient depuis le tunnel. Dans les années 60, le lieu-dit Grands Garrigues brûla et les chasseurs se souviennent des lapins au poil roussi qu'ils chassèrent le lendemain. Un fagotier en pleine sieste dans les bois y aurait perdu la vie, encerclé par l'incendie.
D'importants feux dus au train se déclenchèrent les 15 février 1918 et 7 juillet 1928, ainsi que le 26 juillet 1934 où six hectares de chênes verts partirent en fumée. Dans sa séance du 2 août 1934, le conseil municipal autorisa les habitants du village à ramasser le bois calciné, sous la responsabilité du garde champêtre. À chaque sinistre, la compagnie PLM (Paris – Lyon – Méditerranée) indemnisait pécuniairement la commune.
La fin de la vapeur, la fin des feux
Mais, selon nos témoins, les feux provoqués par le train étaient rapidement maîtrisés à leur époque, pour la bonne raison que les bois étaient propres, nettoyés par les troupeaux qui y paissaient. De plus, des parcelles étaient attribuées à chaque foyer pour faire provision de bois l'hiver, et ces coupes entretenaient aussi le paysage. Depuis la fin des années 60 et la disparition de la vapeur concernant cette ligne, à Gajan le nombre de feux sur le terrain a bien évidemment chuté.



