La tempête Pedro aggrave la crise inondations dans le Marmandais
La tempête Pedro qui a balayé le Lot-et-Garonne jeudi 19 février a considérablement accentué les difficultés dans les villages inondés du Marmandais, où la fin de cette crue catastrophique semble encore lointaine. Les sauveteurs des réserves communales affrontent désormais des conditions de navigation véritablement dantesques, avec des vents dépassant 60 km/h qui soulèvent une houle dangereuse pour les embarcations.
Des liaisons vitales suspendues
À Saint-Pardoux-du-Breuil comme à Jusix, les liaisons entre la terre ferme et les habitants isolés par les inondations ont dû être suspendues en raison des conditions météorologiques extrêmes. « C'est trop dangereux aujourd'hui avec la tempête, et ils ont besoin de se reposer », a jugé le maire de Jusix, Laurent Capelle, qui a pris la décision d'interrompre l'assistance en bateau de la réserve communale.
Le courage des secours en première ligne
Malgré un clapot décrit comme « d'enfer », Gérald Dupuy et son fils Jean-Baptiste, membres de la réserve communale de Taillebourg, ont embarqué pour porter des médicaments indispensables à un habitant coupé du monde. « Là-bas, il y a des creux de près d'un mètre dans certains couloirs, faut pas avoir le mal de mer », raconte Gérald, agriculteur transformé en marin le temps de la crise.
Ces deux hommes, trempés après une traversée vent de face depuis leur village englouti, incarnent le dévouement des secours locaux. Jacques Verdelet, le maire de Lagruère, témoigne de conditions apocalyptiques : « On a navigué ce matin pour évacuer deux personnes, on a pris des paquets d'eau, le vent froid, la pluie, c'était l'apocalypse, on n'en pouvait plus ».
Une population à bout de forces
Dans ce village près de Tonneins, une quarantaine d'habitants sont toujours dans leurs maisons encerclées par l'eau, et sans électricité depuis une semaine. Cela signifie pas de chauffage, pas d'eau chaude et aucune possibilité de recharger les téléphones sans groupe électrogène.
« Les corps sont harassés, tout le monde commence à être à cran, la population et nous aussi les élus », s'inquiète Jacques Verdelet. L'épuisement gagne tant les secours que les sinistrés, alors qu'une « légère hausse » du niveau des eaux est encore annoncée pour samedi suite aux pluies sur le bassin amont.
Des perspectives inquiétantes
Le maire de Lagruère anticipe déjà les difficultés à venir : « On est à bout, et on sait que ce n'est pas fini. Il va falloir réussir à garder de l'énergie pour tout nettoyer et c'est la partie la plus compliquée ». À Jusix, totalement coupé de la terre ferme depuis une semaine, l'eau est remontée dans la nuit de mercredi à jeudi de 50 à 70 centimètres supplémentaires.
Laurent Capelle, dont la maison était entourée par l'eau, décrit la situation : « C'était monté à 60 cm dans la maison, au pic le week-end dernier. Là, il n'y a plus d'eau à l'intérieur. Je ne peux toujours pas sortir, mais j'ai pu commencer à nettoyer la boue au jet d'eau avant qu'elle ne sèche ».
Un déblaiement colossal en perspective
Pour espérer libérer les routes de Jusix, il faudra attendre que la Garonne descende à 8 mètres à la station Vigicrues de Marmande, ce qui n'est pas attendu avant samedi ou dimanche. Le maire s'attend à découvrir un spectacle dantesque : « La Garonne a charrié des tonnes d'arbres partout. Il va falloir y aller au bulldozer pour dégager les routes. Il y aura beaucoup de dégâts. La reconstruction sera très difficile pour certains ».
Sur l'autre rive, une situation similaire
À Gaujac, une cinquantaine de personnes vivent toujours au milieu de l'eau, ravitaillées par les bateaux de la réserve communale qui les emmènent jusqu'à l'épicerie du village. « Malgré la remontée de l'eau, les maisons ne sont plus inondées alors que certains ont eu jusqu'à 1,50 mètre à l'intérieur », rapporte le maire Jean-François Thoumazeau.
L'élu craint que la mauvaise météo des prochains jours sur tout le bassin amont « va retarder la décrue jusqu'à lundi, à mon avis ». Il ajoute : « Ça commence à faire très long pour tout le monde. Pour certains qui ne sont pas habitués, le retour à la maison va être un choc ».
La mobilisation des autorités
Le sous-préfet de Marmande, Michel Gouriou, prévient : « Ça va durer encore. On attend 8,80 mètres samedi à Marmande. La décrue ne sera pas très rapide, il va falloir être patient ». Il salue au passage la mobilisation des élus sur le terrain.
En fonction de la décrue, les services de l'État commencent « à prioriser l'aide » aux communes. Val de Garonne va assurer l'évacuation des déchets des particuliers, tandis que les militaires de la Sécurité civile seront mobilisés sur l'immense chantier de nettoyage et de reconstruction qui s'annonce.



