Sécheresse : où est passée l'eau tombée cet hiver ?
Sécheresse : où est passée l'eau tombée cet hiver ?

Alors que la France connaît une sécheresse précoce, un hydrogéologue de renom apporte un éclairage sur le paradoxe apparent : pourquoi, après un hiver pluvieux, les nappes phréatiques ne sont-elles pas rechargées ?

Un hiver pluvieux mais inefficace

Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), les précipitations hivernales ont été abondantes, avec un excédent de 30 % par rapport à la normale sur certaines régions. Pourtant, le niveau des nappes phréatiques reste alarmant, avec 75 % des nappes sous les normales saisonnières en mars 2023. « L'eau tombée cet hiver n'a pas eu le temps de s'infiltrer en profondeur », explique Jean-Pierre Jaud, hydrogéologue au BRGM.

Le rôle du sol et des épisodes pluvieux

L'explication réside dans la nature des précipitations et l'état des sols. « Les pluies ont été souvent intenses et rapprochées, ce qui a favorisé le ruissellement plutôt que l'infiltration », précise Jean-Pierre Jaud. De plus, les sols, gorgés d'eau après les épisodes pluvieux, ont rapidement saturé, limitant la capacité d'absorption. « Pour qu'une nappe se recharge, il faut des pluies modérées et continues, sur des sols secs », ajoute-t-il.

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L'impact du changement climatique

Le changement climatique aggrave la situation. « Les hivers sont plus doux, ce qui augmente l'évapotranspiration et réduit l'eau disponible pour l'infiltration », indique l'hydrogéologue. Les épisodes de sécheresse estivale s'allongent, ce qui sollicite davantage les nappes pour l'irrigation et l'eau potable. Selon Météo-France, la sécheresse des sols en avril 2023 est comparable à celle de 1976, année de référence pour la sécheresse en France.

Des disparités régionales

La situation varie selon les régions. « Dans le Sud-Est, les nappes sont particulièrement vulnérables car elles sont peu profondes et se rechargent lentement », note Jean-Pierre Jaud. À l'inverse, le Bassin parisien bénéficie de nappes plus profondes, mais leur recharge est plus lente. Le BRGM estime que certaines nappes pourraient mettre plusieurs années à retrouver un niveau normal.

Quelles solutions ?

Face à cette situation, les experts préconisent une gestion plus sobre de l'eau. « Il faut réduire les prélèvements, notamment pour l'agriculture, et favoriser les techniques d'irrigation économes », insiste Jean-Pierre Jaud. Des solutions comme la réutilisation des eaux usées ou la recharge artificielle des nappes sont également envisagées. « Mais le plus important est d'adapter nos pratiques à la réalité hydrologique », conclut-il.

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