Saintes : le long nettoyage après la crue dévastatrice de la Charente
Dans la rue de Taillebourg à Saintes, épicentre des inondations de février dernier, l'activité est intense cette semaine. Les habitants, sinistrés par la montée des eaux de la Charente, sont engagés dans une bataille quotidienne contre les traces de la catastrophe. Depuis le début du mois de mars, une routine s'est installée : vider, jeter, nettoyer et aérer sans relâche.
Noémie, entre épuisement et espoir de départ
Noémie, 27 ans, consacre chaque jour à remettre en état la maisonnette qu'elle occupait avec son compagnon depuis juin 2024. « Heureusement que je ne travaille pas ce mois-ci, cela aurait été ingérable », confie-t-elle, visiblement fatiguée mais déterminée à voir le bout du tunnel. L'eau est montée jusqu'à 80 centimètres dans certaines pièces, emportant avec elle des objets à forte valeur sentimentale. La jeune femme, réfugiée dans un gîte à Saint-Simon-de-Pellouaille, rêve désormais d'un voyage lointain pour tourner la page. « Je ne suis pas contre habiter à Saintes, mais plus jamais en zone inondable », affirme-t-elle, se remémorant la journée du 16 février où l'évacuation s'est imposée dans l'urgence.
Brigitte et le dispositif Charente Alabri : des résultats mitigés
À quelques numéros de distance, Brigitte, 37 ans, et sa famille vivent également dans un gîte, du côté de Saint-Georges-des-Coteaux. Son calvaire a commencé le vendredi 13 février, une date qu'elle retrouve ironiquement pour la visite de l'expert de son assurance. Victime de dégâts plus importants en décembre 2023, elle constate cette fois une amélioration grâce au dispositif Charente Alabri, qui a permis de réduire l'humidité des murs à 18%. « En 2024, on avait pu retourner chez nous six mois après… Là, ce devrait être plus rapide », note-t-elle, tout en déplorant l'arrivée tardive des batardeaux, qu'elle attribue avec humour au « vendredi 13 ». Malgré tout, la question de rester dans cette rue qu'elle adore se pose, avec l'espoir d'une continuité dans les travaux entrepris par la municipalité.
Dominique et Pascal : entre solidarité et amertume
Plus haut dans la rue, Dominique Giraud s'active devant la maison de sa mère, l'échine courbée sur un tuyau en PVC. Il avait anticipé la crue pour préserver un coin sec à ses aînés, mais exprime aujourd'hui des doutes sur les aménagements futurs. « Je suis dans le questionnement, parce que je ne vois pas d'améliorations… », soupire-t-il.
Quelques mètres plus loin, un spectacle de désolation s'offre aux passants : des chaises en bois empilées, une valise en cuir, une machine à coudre du XXe siècle gisent sur le trottoir, attendant le passage des encombrants. Pascal, habitué aux crues, voit pour la première fois son assurance intervenir. « Ce n'est pas récupérable », résume-t-il, amer. Une vague provoquée par un bateau a défoncé la porte de son garage, ruinant ses précautions. Malgré cela, il tient à saluer le travail des pompiers, de la Croix-Rouge, des forces de l'ordre et de la municipalité.
Chiffres et mobilisation en cours
L'ampleur des dégâts est considérable : environ 2 600 maisons touchées, dont 1 400 inondées et 560 affectées par des coupures d'électricité. La ligne d'urgence mise en place par la mairie a reçu plus de 2 200 appels. Une déchetterie provisoire reste ouverte jusqu'à ce samedi pour accueillir les encombrants, tandis que le Centre communal d'action sociale tente de répondre aux demandes de relogement, relançant un appel à la solidarité des bailleurs privés.
Dans la rue de Taillebourg, si les meubles s'entassent encore sur les trottoirs, l'espoir d'un retour à la normale peine à percer, au rythme lent des nettoyages et des incertitudes.



