Rennes face à la montée des eaux du canal Saint-Martin
« C'est pénible au quotidien mais ça ne va pas durer. Il y a bien un moment où la pluie va s'arrêter. Ça va bien finir par sécher. » Les pieds dans l'eau, Fabienne conserve un optimisme remarquable. Propriétaire de La Lorraine, qu'elle présente comme « la plus vieille péniche de France », elle doit depuis plusieurs jours enfiler ses cuissardes pour éviter d'être trempée. Cependant, le pire semble désormais derrière elle : les précipitations ont cessé et le niveau d'eau commence lentement à baisser. Cette Rennaise vit avec une relative sérénité cette deuxième crue en deux ans sur le canal Saint-Martin.
Un souvenir encore vif des inondations de 2025
En janvier 2025, le secteur avait déjà été submergé sous les eaux du canal qui avaient largement débordé. « On est moins inquiets que l'année dernière parce que c'est moins virulent », reconnaît Fabienne. André, un habitant du quartier, sort son téléphone pour montrer des photographies des crues passées. Les images révèlent des voitures noyées jusqu'aux fenêtres et l'avenue Gros-Malhon transformée en véritable lac. « C'était bien pire l'année dernier. Il y avait des voitures qui avaient été emportées. Toutes les caves et les garages étaient inondés », se souvient ce retraité.
Un barrage déployé en urgence pour protéger les habitations
Pour éviter la répétition d'un tel scénario, la municipalité rennaise a cette fois-ci demandé le déploiement d'un barrage de 100 mètres le long du canal Saint-Martin. « L'autorisation nous a été donnée jeudi par le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre », précise le préfet d'Ille-et-Vilaine, Franck Robine. Une vingtaine de membres de la Sécurité civile ont nécessité seulement deux heures pour installer ce long mur de bâche bleue en pleine nuit, empêchant ainsi l'eau de s'infiltrer massivement. « C'est une bonne chose, car ça a bien protégé les habitations », estime André.
Néanmoins, certaines résidentes expriment leur mécontentement. Une habitante des berges du canal, visiblement en colère, explique ne pas avoir pu obtenir de sacs de sable jeudi soir et critique la municipalité : « Ils protègent ceux qu'ils ont envie de protéger ».
Des leçons tirées pour une meilleure anticipation
La maire de Rennes, Nathalie Appéré, assure que l'objectif est de protéger le maximum d'habitations, un enseignement direct de l'épisode de l'an passé. « Chaque crue reste unique et différente. L'an dernier, la montée des eaux avait été plus rapide. Mais c'est vrai que nous avons appris collectivement de cette expérience. Il y a une forme de résilience », affirme-t-elle.
Après des inondations dévastatrices en 1974, la capitale bretonne avait déjà investi massivement dans des barrages et des digues de protection. Plus récemment, des zones d'expansion des crues ont été aménagées pour permettre à l'eau de s'étaler. Cependant, ces mesures n'avaient pas suffi à empêcher les dégâts causés par l'Ille et la Vilaine l'année précédente.
Une prévention renforcée et des dispositifs d'aide
L'évolution principale réside dans l'anticipation du phénomène. « On a progressé dans nos messages de prévention. On a fait du porte à porte ces derniers jours pour avertir du risque, pour rassurer et pour sécuriser. Il faut assumer une certaine incertitude mais il vaut mieux prévenir », poursuit la maire socialiste. « L'expérience a servi pour que la mobilisation soit plus rapide », ajoute le préfet, qui n'était pas en poste l'an dernier.
Des communications ont été diffusées pour inciter les habitants à vider leurs caves et à déplacer leurs véhicules des parkings souterrains. Plusieurs résidents des zones à risque ont également pu bénéficier du dispositif « Alabri », qui permet d'aménager son logement pour le protéger contre les inondations. Pour le moment, seules quelques caves ont été touchées par les eaux dans la ville.
Alors que le pic de crue semble avoir été atteint, les habitants peuvent enfin respirer. Toutefois, Vigicrues prévient que la décrue sera probablement lente, nécessitant une vigilance maintenue dans les prochains jours.



