Les opérations de secours au Népal, après la coulée de boue qui a fait au moins 472 morts et 1 400 disparus à la frontière sino-népalaise, sont entravées ce vendredi 28 août par la menace d'une vaste retenue d'eau en surplomb. La police népalaise a émis une alerte aux inondations après avoir été informée de la rupture, sur le territoire chinois du Tibet, d'un lac créé par l'effondrement du glacier à l'origine de la crue dévastatrice survenue il y a deux jours.
La Chine suspend ses opérations de secours
Ce vendredi, la Chine a annoncé la suspension des secours au cœur de la zone sinistrée. « L'eau a commencé à déborder et à s'écouler » de la retenue en direction du poste-frontière de Gyirong, principal secteur touché par le drame, a indiqué un journaliste de la télévision CCTV sur place. « Toutes les équipes de secours ont donc reçu l'ordre de ne pas bouger et d'attendre de nouvelles instructions », a-t-il ajouté.
Pékin avait signalé dans la nuit de jeudi à ce vendredi un « risque élevé » de rupture du lac formé à la suite de l'énorme mer de boue qui s'est libérée mercredi des deux côtés de la frontière, dans cette région de l'Himalaya prisée des touristes du monde entier. Selon l'agence Chine Nouvelle, la retenue d'eau pourrait atteindre trois millions de mètres cubes dans les trois prochains jours en raison de pluies continues.
La menace de rupture tend à diminuer
Dans la matinée de ce vendredi, les autorités chinoises se montraient plus rassurantes, estimant que la menace de rupture tendait à diminuer. La retenue est en train de déborder « naturellement » et se vide plus vite qu'elle ne se remplit, a rapporté la télévision d'État CCTV. Le niveau de la retenue a baissé de 10 mètres par rapport à ce qu'il était jeudi matin, a-t-elle dit.
Près de 700 pompiers, soutenus par des drones et des chiens de recherche, ont été déployés autour de Gyirong, selon les autorités. Au Népal, l'armée a annoncé avoir envoyé deux hélicoptères pour aider à évacuer une centaine d'ouvriers coincés dans le tunnel d'un chantier. Les services du Premier ministre népalais ont précisé que 350 ouvriers et habitants du secteur avaient déjà été évacués de cet endroit par l'armée « dans des conditions très risquées et rendues difficiles par les conditions météo et la crue ».
Un séisme de magnitude 5,2
Le puissant mur d'eau et de boue qui a submergé mercredi matin une région frontalière entre le Népal et le Tibet en territoire chinois a balayé des villages entiers et coûté la vie à 469 personnes côté népalais, selon la police locale, et à trois autres dans le territoire chinois voisin du Tibet. Au cœur du massif de l'Himalaya, cette région du Népal attire randonneurs et alpinistes du monde entier, notamment pour gravir le mont Everest. C'est aussi un lieu de pèlerinage pour les Hindous et les Bouddhistes tibétains. Des centaines de touristes figurent parmi les disparus.
Selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), la vague a été causée par l'effondrement d'une partie d'un glacier, d'une violence telle qu'il a été enregistré comme un séisme de magnitude 5,2 et a causé de nombreux glissements de terrain. Au Népal, elle a balayé la vallée de la rivière Trishuli dans le district de Nuwakot, au nord de Katmandou, et celle de la Bhotekoshi à l'est de la capitale.
Selon Nirajan Paudyal, un journaliste basé à Katmandou au « Guardian », le village de Soley, à Nuwakot, qui comptait une vingtaine de maisons, a été presque entièrement rasé. Selon le quotidien britannique, beaucoup de victimes étaient en pèlerinage au Kailash Mansarovar, un site de haute altitude au Tibet vénéré notamment par les hindous et les bouddhistes.
Côté chinois, où les journalistes étrangers ont un accès réglementé, les médias d'État chinois ont rapporté jeudi que 558 personnes, dont 260 étrangers, étaient toujours portées disparues après le passage des « torrents de boue » qui ont enseveli Gyirong Port. Ils ont précisé jeudi matin que 555 touristes bloqués avaient été évacués de la zone, ainsi que 499 résidents. Parmi les centaines de disparus, 910 côté népalais, figurent notamment des ressortissants indiens, ukrainiens, malaisiens, britanniques, canadiens ou australiens, selon le bureau du tourisme népalais.
La catastrophe la plus meurtrière depuis 2015
Cette catastrophe est la plus meurtrière au Népal depuis le tremblement de terre qui a fait autour de 9 000 morts en 2015. Les précédentes crues d'ampleur au Népal remontent à 1993, avec à l'époque plus de 1 300 morts recensés. L'aide internationale, sous forme de secouristes, de matériel médical, de nourriture ou encore de sacs mortuaires, s'organise mais reste limitée au vu de l'ampleur de la catastrophe.



