Seulement cinq Canadair étaient disponibles vendredi 24 juillet alors qu'un feu hors norme et incontrôlable semait le chaos en Gironde. Eric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l'aviation civile (SNPNAC) pour la branche travail aérien et commandant de bord sur Canadair basé à Nîmes, décrypte les difficultés liées au manque de moyens aériens.
Un système bloqué malgré une saison incendie tendue
« C'est une situation que nous redoutons tous dans la sécurité civile, c'est-à-dire l'occurrence simultanée de plusieurs gros incendies qui obligent à diviser les moyens, que ce soit au sol ou aériens, pour pouvoir lutter efficacement », explique Eric Durand. Selon lui, cette situation serait gérable si la totalité des moyens étaient disponibles. « Comme ce n'est pas le cas, on est obligé de faire des choix et on n'arrive pas à être efficaces. Malheureusement, ça peut conduire à des catastrophes comme celle de la Gironde. »
Le pilote révèle que vendredi, seuls cinq Canadair opéraient, contre sept le samedi 25 juillet. « Le vrai problème, c'est qu'on n'a pas les douze, quoi qu'il arrive. Deux avions ne sont pas sortis de maintenance hivernale alors qu'on est déjà fin juillet. Et pour les trois autres avions qui sont en panne aujourd'hui, la société chargée de la maintenance n'arrive pas à obtenir de pièces détachées… On a l'impression que le système est bloqué. »
Des moyens aériens insuffisants et un recours militaire contesté
Actuellement, la sécurité civile dispose de douze Canadair et huit Dash. Les Canadair sont des bombardiers d'eau amphibies qui écopent puis frappent en groupe pour un effet de masse. Les Dash larguent dix tonnes de produit retardant en une fois. Les trackers ne sont plus utilisés depuis 2019. Face à l'incendie de Gironde, un avion militaire A400M a effectué ses premiers largages le samedi 25 juillet. Eric Durand qualifie ce recours d'« aveu d'échec d'avoir à faire appel en urgence à un avion militaire alors que si nous avions correctement entretenu nos avions dans la sécurité civile depuis plus de trois ans maintenant, nous n'aurions pas ces problèmes-là. »
Le moral des pilotes malgré les difficultés
Interrogé sur le découragement, Eric Durand répond : « On est obligés de la garder parce que nous sommes des professionnels et qu'il est hors de question de faire passer nos émotions avant notre travail. Donc nous gardons la foi, même si on ne peut pas être efficace en attaque de masse aujourd'hui parce que nous n'avons pas les Canadair qu'il faut pour ça. Nous pouvons quand même être très utiles en défense de points sensibles ou en attaque. Nous faisons ce que nous pouvons. Et de toute façon, le fait d'arriver à larguer de l'eau sur le feu, ça finira par le calmer. »
Un besoin de formation et de renouvellement de la flotte
Actuellement, la France compte 45 pilotes de Canadair, soit environ vingt équipages de deux pilotes. « Pour l'instant, c'est juste suffisant », commente Durand. L'objectif est de former davantage de commandants de bord dans les années à venir pour pallier les défaillances et anticiper l'arrivée de quatre nouveaux Canadair commandés par l'État français. Cette situation met en lumière la nécessité d'investir dans la maintenance et les ressources humaines pour faire face à des incendies de plus en plus fréquents et intenses.



