Lagruère sous les eaux : une commune en proie aux inondations répétées
En trois mois, la plaine de Lagruère a été inondée à trois reprises, sans compter les crues précédentes de 2019, 2021 et 2022. Ce mardi 24 février, le brouillard se dissipe sur ce village de 327 habitants, révélant l'étendue des dégâts et les tracas des administrés. Jacques Verdelet, le maire de cette commune de 900 hectares dont 800 sont en zone inondable, n'est pas un novice face aux crues. Alors que les enfants jouent dans la cour de l'école, signe d'une reprise timide de l'activité, les routes restent couvertes de sable et de limon, avec des balayeuses du département qui s'activent pour nettoyer.
Des agriculteurs sinistrés et en attente d'aide
Nicolas Mezzavilla, un jeune agriculteur, a vu ses 11 hectares de blé submergés pendant onze jours. « D'habitude, cela dure quatre ou cinq jours », reconnaît le maire. « C'était trop long », renchérit Nicolas. Il estime ne pouvoir récolter que 2 tonnes au lieu de 8, ce qui ne couvre même pas ses frais. « On va attendre la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle », lâche-t-il. Le vent a également endommagé ses serres où il stocke le tabac. Après les inondations de 2021, lui et ses parents ont déménagé leurs 15 vaches vers Calonges pour éviter le stress néfaste pour les veaux.
Anthony Colombi, maraîcher et fraisiculteur, est en plein rebâchage de ses serres. « En plein champ, je fais partie des premières terres sous l'eau. Si je ne les sauve pas, cela représente 15 000 euros de perdus. Mais on sait à quoi s'attendre quand on est ici », admet-il. Le maire tente d'obtenir des renforts militaires pour soutenir les agriculteurs depuis lundi, mais il se heurte à un silence des autorités. « Je n'arrête pas d'appeler le numéro de la cellule de crise, mais je n'ai reçu aucune réponse », se lamente Jacques Verdelet.
Des dégâts routiers et des infrastructures touchées
Les routes du village sont dans un état préoccupant : couvertes de boue, avec des nids-de-poule et des bas-côtés ravinés. Au moins une dizaine de voitures ont été remorquées, et une voiture couverte de boue attend encore son propriétaire. Les services de Val de Garonne s'emploient à reboucher les trous laissés par l'eau. À l'éco-recyclerie du Tonneinquais, 20 centimètres d'eau sont entrés dans les locaux, causant la perte de nombreux vêtements et appareils électroniques. Pascal, le patron, autorise les sinistrés à y déposer leurs meubles et électroménagers endommagés.
Une lueur d'espoir avec la réouverture du restaurant Chez Marcel
Malgré les difficultés, une bonne nouvelle émerge : le restaurant Chez Marcel, à la halte nautique, va rouvrir ce jeudi 26 février. Marcel Boudia, le restaurateur, avait prévu de rouvrir à la Saint-Valentin mais, privé d'électricité, il a dû stocker ses produits dans les congélateurs de la municipalité. « J'avais peur que cela dure un mois donc on va avoir un manque à gagner, mais on se relèvera ! », déclare-t-il avec optimisme.
Le triangle des Bermudes de la Garonne : des digues cédées
Dans le méandre de la Garonne, entre Caumont-sur-Garonne et le Mas-d'Agenais, le fleuve a pris ses aises, transformant la plaine en une mer et les maisons en îles. Deux percées de digues sont à déplorer : à Varennes et à Caumont-sur-Garonne. « En 2021, on avait pu la sauver, ça nous a mis une quinzaine de maisons de plus dans l'eau », explique Pierre Imbert, le maire de Caumont-sur-Garonne. Après la décrue, un paysage de boue épaisse s'est installé, plus marqué qu'en 2021 selon Maryse Barbe, qui nettoie avec son fils David une propriété familiale de 500 m². « Il va falloir une bonne pluie pour nettoyer tout ça… mais pas trop », ajoute David, soulignant le travail manuel nécessaire pour remettre en état les parcelles envahies par des plastiques et des troncs d'arbres.
Les habitants de Lagruère et des environs font face à des défis immenses, avec des pertes économiques significatives et un sentiment d'abandon face au manque de réponses des autorités. La résilience de cette communauté sera mise à l'épreuve dans les semaines à venir.



