Après les inondations, l'ombre persistante de la montée des océans
La décrue s'amorce et des températures printanières font leur retour dans le Sud-Ouest, mais pour les sinistrés des récentes inondations, l'horizon reste chargé d'inquiétudes. La menace de répétitions plus fréquentes de ces épisodes extrêmes plane lourdement sur leur avenir, particulièrement pour ceux qui habitent près des fleuves et en zones basses, directement exposés aux risques de submersion liés à l'élévation du niveau des océans.
Une vulnérabilité accrue face aux changements climatiques
Marc Robin, géographe et professeur des universités à Nantes, également responsable scientifique de l'Observatoire des risques côtiers en Pays-de-la-Loire, apporte un éclairage crucial sur cette situation. « Toutes les zones qui ont été inondées sont les plus vulnérables », affirme-t-il sans ambages. Il précise que si les récentes inondations résultaient d'une conjonction exceptionnelle de facteurs – précipitations importantes et forts coefficients de marée cet hiver –, ces phénomènes sont amenés à se reproduire avec une fréquence accrue.
Le spécialiste distingue cependant les inondations fluviales de l'élévation du niveau de la mer, même si elles partagent une cause commune : le réchauffement climatique. « Celui-ci se traduit par une dilatation thermique de l'océan, qui explique en partie cette accélération de l'élévation du niveau de la mer », explique-t-il. La deuxième conséquence est la capacité accrue de l'atmosphère à contenir plus d'eau, conduisant à des précipitations hivernales plus intenses, comme l'ont prédit les scénarios du GIEC.
Des prévisions dépassées et une adaptation urgente
La réalité dépasse déjà les prévisions les plus pessimistes. « La France tablait il y a deux ans sur 58 à 60 cm d'élévation moyenne du niveau de la mer pour sa trajectoire d'adaptation, mais aujourd'hui, on serait plutôt sur 80 cm voire 100 cm d'élévation à l'horizon 2100 », révèle Marc Robin. Cette accélération impose une révision complète des stratégies d'aménagement du littoral.
Le géographe insiste sur la nécessité de repenser l'ensemble des documents d'aménagement du littoral et d'envisager, dans les secteurs les plus sensibles, des adaptations architecturales voire des recompositions territoriales, incluant des relocalisations lorsque les enjeux le permettent. « Il faut que la population comprenne qu'il y a des territoires où l'on vit aujourd'hui mais où l'on ne pourra plus vivre demain, et les zones basses en font partie », martèle-t-il.
Le défi des politiques publiques et de la solidarité nationale
Les signaux d'alerte se multiplient, notamment à travers les assurances qui refusent de couvrir certains biens ou augmentent leurs tarifs de façon drastique. Certaines communes fonctionnent déjà sans assurance pour ces raisons. La loi climat et résilience constitue un pas dans la bonne direction, mais les défis restent immenses.
Marc Robin pointe du doigt plusieurs obstacles : « Sur les digues, c'est compliqué : l'État se désengage en transférant les compétences sans donner les moyens qui vont avec ». Il souligne également la nécessité d'arrêter de délivrer des permis de construire dans des zones à risques, malgré la pression foncière.
Le géographe appelle à une prise de conscience collective et à la mise en œuvre d'une solidarité nationale pour accompagner ces adaptations difficiles. « On a encore le temps de s'organiser collectivement même si on a des milliers de maisons exposées au risque érosion et submersion », estime-t-il, tout en insistant sur l'urgence d'agir. « Il est vraiment temps de changer de braquet et d'aller vers une lecture du futur plus clairvoyante », conclut-il, reconnaissant que cela implique des décisions parfois difficiles à accepter, nécessitant un travail social et psychologique approfondi.



