Dimanche 5 juillet, un violent incendie a ravagé près de 5 000 hectares dans les Pyrénées-Orientales, forçant l'évacuation d'environ 10 000 habitants, notamment dans la commune d'Ille-sur-Têt. Ce lundi 6 juillet, alors que des reprises de feu menaçaient encore le secteur, les sinistrés témoignaient de leur désarroi.
Des familles ont tout perdu
Alexandra et Camille Bousquet, installés depuis quatre ans à Ille-sur-Têt, ont dû évacuer leur propriété dimanche vers 18 heures, lorsque les pompiers sont venus les chercher. À leur retour, ils ont découvert un paysage de désolation. "Regardez, le feu repart. Dimanche, quand on a entendu ce bruit, on a évacué dix minutes après… Ça va encore cramer sur notre terrain, y'a plus qu'à croiser les doigts…" confie Alexandra, les larmes aux yeux, alors qu'un immense nuage de fumée approche.
Dans leur jardin, les carcasses de poules et de canetons carbonisés jouxtent l'entrepôt où Camille, maçon, entreposait tout son matériel. "Même les pneus du tracteur ont explosé, c'est dire l'intensité qu'il devait y avoir… J'ai perdu tout mon dépôt, les pompiers nous ont forcés à partir, il n'y avait plus de solution… Maintenant, j'attends de voir ce que vont dire les assurances", déplore l'artisan. Les murs fumants menacent de s'écrouler, la Mercedes n'est plus qu'une épave, et le quad d'un enfant est complètement désintégré.
Des animaux morts et des dégâts matériels considérables
Hugo, 20 ans, a lui aussi réintégré sa maison de famille malgré les reprises de feu. Leur terrain a été ravagé. "J'avais récolté, coupé et rangé une tonne de bois, c'est parti en fumée, comme le matériel électrique et tous nos animaux, oies, poules, sont morts, ils n'ont pas eu la chance de survivre… On a tout perdu", déplore le jeune Catalan. Il relativise toutefois : "ce ne sont que des dégâts matériels, grâce à Dieu, notre maison a été épargnée." Il raconte avoir pris le risque de revenir en pleine nuit, avec "les arbres incandescents et les braises qui tombaient sur la route, les postes électriques explosés… Quand je suis arrivé ici, j'avais vraiment les larmes aux yeux."
Plus loin, Maryline contemple avec effarement la Peugeot 106 de sa mère octogénaire, entièrement détruite comme une dizaine d'autres véhicules dans la commune. "Dimanche, le feu paraissait sous contrôle et une demi-heure plus tard, il fallait évacuer… Entre la fumée, les pompiers, les gens qui couraient avec des valises, des glacières… C'était apocalyptique, il y avait de la fumée noire, très âcre, énormément de cendres dans le village, sans masque et sans tee-shirt on ne pouvait pas avancer… Une dame est même tombée devant moi, ça semblait hors de contrôle, le feu partait partout, les gens ont paniqué", raconte-t-elle, encore émue.
Un sentiment d'impuissance face au changement climatique
Jean-Luc, 60 ans, a choisi de rester pour défendre son mas avec un simple tuyau d'arrosage. "Mon père habite à côté, il a 94 ans, j'ai arrosé partout en prévention, mais bon ça ne fait pas grand-chose", concède-t-il. Il reconnaît, comme ses voisins, ne pas avoir assez débroussaillé sa propriété.
Adrien, du village voisin de Bouleternère, passe en voiture avec sa chatte, ne sachant pas quand il pourra rentrer chez lui. "On subit le changement climatique, les températures folles, on a un sentiment d'impuissance, même si les pompiers sont extraordinaires", confie-t-il.
Camille Bousquet, fataliste, résume l'inquiétude générale : "je suis inquiet parce que je me dis que ça va arriver tout le temps, la chaleur, le changement climatique…"



