La Garonne en crue menace les villages du Marmandais
Ce vendredi, la Garonne a poursuivi sa montée des eaux alarmante, frôlant le seuil critique des 10 mètres à Marmande. Dans les zones inondables où les digues ont cédé, les habitants se préparent à vivre plusieurs jours d'isolement total, privés de courant électrique. Reportage dans les communes sinistrées de Jusix et Couthures, où la situation devient critique.
« Les enfants ont commencé à pleurer à la tombée de la nuit »
« Jeudi, c'était encore rigolo mais, à la tombée de la nuit, les enfants ont commencé à pleurer. On ne pensait pas que ça allait monter autant. Ce vendredi matin, on a craqué », témoigne Fabienne, retraitée installée à Jusix depuis 2008. Cette habitante, qui vit avec son fils, sa belle-fille et leurs enfants dans une grande maison de campagne, a pourtant connu d'autres crues. En 2021, comme la majorité des villageois, elle était restée chez elle malgré les pieds dans l'eau.
Cinq ans plus tard, plusieurs facteurs aggravants changent radicalement la donne. Premièrement, la tempête Nils prive la région de courant électrique depuis mercredi soir. « D'habitude, avec l'électricité, on s'en sort, les prises sont hautes chez nous », expliquent les résidents, désormais coupés du monde.
Évacuations préventives et digues menaçantes
Deuxième élément inquiétant : les prévisions de Vigicrues annoncent le franchissement de la barre des 10 mètres dès samedi 14 février, avec des niveaux potentiellement supérieurs. Enfin, la digue locale menaçait de rompre ce vendredi 13 février, poussant le maire Laurent Capelle à déclencher des évacuations préventives sur l'ensemble de sa commune, transformée en vaste lac de 8 km².
« La digue avait déjà cédé lors des crues de 1981. La terre fraîche a été rongée et quelques fissures ont été constatées par un autre adjoint. On procède à ces opérations en journée car, la dernière fois, on les a effectuées de nuit, et c'est dangereux », analysent Christian et Aymeric Larribière, tous deux pompiers volontaires engagés dans les secours.
Familles et animaux évacués en urgence
Depuis 8 heures du matin, l'adjoint au maire et son fils multiplient les allers-retours en bateau pour déposer les sinistrés sur la terre ferme, avec leurs animaux domestiques. Une famille avec un bébé d'un an et demi figure parmi les premiers évacués de Jusix.
Florian et Tatiana, parents de jeunes enfants, ont dû quitter leur domicile en urgence. « J'aurais pu laisser partir ma femme et les enfants, mais j'ai acheté cette maison en 2022 même si on savait qu'il allait y avoir de l'eau. Je ne sais pas trop comment ça va se passer. Le groupe électrogène est tombé en rade, donc je pense que toutes les denrées sont perdues », confie le père de famille, qui a pris « l'essentiel » pour passer plusieurs nuits chez des amis à Lamothe-Landerron.
L'incertitude plane sur les retours
Pour ceux qui n'ont pas de solution de repli, la salle des fêtes de la commune voisine a été mise à disposition. Il est bientôt 11h30 quand Colette et ses deux fils rejoignent eux aussi la rive. S'ils savent quand ils ont quitté leur domicile, tous ignorent quand ils le regagneront. Et dans quel état ils le retrouveront.
Couthures également touché et isolé
De l'autre côté du fleuve, sur la rive gauche de la Garonne marmandaise, c'est le branle-bas de combat dans les rues de Couthures. Totalement privé d'électricité depuis le passage de la tempête Nils, le bourg est désormais coupé de tout accès depuis ce vendredi. Vers midi, la dernière route permettant de rejoindre le village à sec a été submergée. La rupture de la digue de Lapla a accéléré le remplissage du casier, tandis que les dernières voitures s'exfiltraient dans de grandes gerbes d'eau.
Préparatifs désespérés des habitants restants
À l'intérieur du village, tout le monde s'affaire. Les groupes électrogènes tournent à plein régime sur les pas-de-porte. La question cruciale reste sans réponse : jusqu'où l'eau va-t-elle monter cette fois-ci ?
Au numéro 32 de la rue des Tilleuls, à l'entrée principale du bourg, un couple de Couthurains a décidé de rester malgré l'avancée inexorable de l'eau de maison en maison. Les enfants ont été mis à l'abri chez les grands-parents. Tous les tiroirs de la cuisine ont été démontés, l'électroménager surélevé sur des tréteaux. « 80 cm pour le congélateur. Pas assez haut. Faut que l'on monte tout à 1 mètre », mesure l'homme avec son mètre. Avec réchaud à gaz à l'étage et boîtes de conserve en quantité pour tenir le siège, le couple a décidé de rester « pour aider au village ».
Le courant électrique, problème majeur
Dans cet épisode de crue majeure, l'absence de courant électrique constitue le véritable problème pour tous ceux qui seront isolés ces prochains jours. « Cette inondation serait normale pour nous si on avait de l'électricité », confirme le maire Jean-Michel Moreau, avant de déplorer « encore une fois » des projections météorologiques qui se révèlent trop justes.
« On aurait dû nous dire dès le départ que l'on pouvait s'attendre à un épisode similaire à 2021. Mais au lieu de prévisions, on nous fait des constats heure par heure », tempête l'élu, exprimant la frustration des populations locales face à l'impréparation.
Solidarité et ravitaillement organisés
Retour à Jusix : pour Aymeric et Christian, qui ont reçu entre-temps des renforts des sapeurs-pompiers de Marmande, la journée, voire la semaine, est bien loin d'être terminée. Le duo père-fils a ensuite porté de l'essence pour ceux qui bénéficient de groupes électrogènes. « Et ce samedi, nous ravitaillerons en pain, eau et médicaments ceux qui ont fait le choix de rester chez eux », annoncent-ils, déterminés à soutenir leurs concitoyens dans cette épreuve.



