Saintes submergée par une crue historique de la Charente, plus de 2000 maisons impactées
Crue historique à Saintes : plus de 2000 maisons impactées

Saintes face à une crue exceptionnelle de la Charente

Habituée aux débordements du fleuve, la ville de Saintes est cette fois-ci confrontée à un épisode d'une ampleur inédite. Ce troisième événement majeur en moins de cinq ans a déjà envahi plus d'un millier d'habitations ce mercredi 18 février, avec un pic de crue qui n'est pas attendu avant vendredi, voire samedi.

Une montée des eaux qui efface les repères

« Vingt centimètres, ça fait des kilomètres carrés en plus », illustre avec amertume Éric Pannaud, maire de Chaniers, commune voisine de Saintes. Dans cette topographie plate, chaque centimètre gagné par la Charente multiplie dramatiquement la surface inondée et le nombre de sinistrés. Ce mercredi, le bilan était déjà lourd : 2035 maisons impactées et 1040 inondées pour la seule ville de Saintes.

Le maire de Saintes, Bruno Drapron, avoue son désarroi : « On est sur des choses que l'on ne connaît plus ». Élu en 2020, il a débuté son mandat avec une crue à 6,18 mètres en février 2021, suivie d'un nouvel assaut à 6,08 mètres en décembre 2023. Mais la situation actuelle, avec une cote atteignant 6,38 mètres mercredi soir et une prévision à 6,50 mètres, dépasse tout ce qui avait été vécu récemment, ravivant les souvenirs des crues historiques de 1994 (6,67 m) et 1982 (6,84 m).

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Un centre-ville paralysé et des habitants désemparés

L'avenue Gambetta, artère principale de la rive droite, est devenue une immense étendue d'eau, rendant toute activité économique impossible. « La vie économique est complètement flinguée. Le centre-ville ne fonctionne plus », se désole Bruno Drapron. Les services municipaux sont mobilisés en permanence, installant des passerelles de fortune et surélevant des meubles, tandis que la ville a reçu trois camions de parpaings et un kilomètre de poutres en bois pour tenter de contenir l'eau.

Dans le quartier de la rue de Taillebourg, complètement submergé, Isabelle a fait ses valises. Propriétaire depuis 2017, elle cherche à vendre depuis l'an dernier, découragée par la fréquence des inondations : « On m'avait dit que ça arrivait tous les trente ans en moyenne. Ça fait trois en cinq ans... ». Même les maisons non inondées deviennent invendables, les acheteurs potentiels se désistant dès qu'ils apprennent que le bien se trouve en zone inondable.

Des infrastructures critiques menacées

La persistance de la crue et la saturation des canalisations accélèrent les évacuations. Mercredi, quatre transformateurs électriques ont brûlé, privant 160 foyers de courant. Pour deux d'entre eux, toute réparation est impossible : les boîtiers sont sous l'eau. Un centre d'accueil a été installé dans le gymnase du Grand-Coudret, géré par la Croix-Rouge, qui propose écoute active, soutien psychologique et solutions de logement d'urgence.

Malgré la gravité de la situation, certains habitants gardent le moral. Françoise, évacuée avec sa mère Nicole, relativise : « C'est monté à toute vitesse. Un vrai bordel. Mais tant que j'ai un casse-croûte dans le ventre, que je suis en vie et au sec, ça va ». Place de l'Aubarrée, rebaptisée par dérision « place des pieds dans l'eau aux voisins barrés », l'humour devient une arme contre l'angoisse.

La cellule de crise municipale a dû elle-même déménager en soirée, menacée par la montée des eaux, pour se replier au Grand-Coudret. Alors que la Charente continue de jouer avec les nerfs des riverains, oscillant entre baisse temporaire et nouvelle hausse, Saintes retient son souffle en attendant le pic annoncé.

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