Crue historique en Maine-et-Loire : les habitants de Cheffes évacués face à la Sarthe en furie
Crue historique en Maine-et-Loire : évacuation à Cheffes

Crue historique en Maine-et-Loire : les habitants de Cheffes évacués face à la Sarthe en furie

Dans la précipitation, Pascal et Nathalie n'ont réuni que l'essentiel : des vêtements, leurs papiers et... le coussin et les croquettes d'Ulysse. Le Shih tzu a le poil trempé, il vient de se faire trimbaler dans la remorque d'un tracteur entre une dizaine de valises et des sacs de couchage. « C'est le premier à avoir senti l'eau monter », assure son propriétaire. Le week-end dernier, les habitants de Cheffes, en Maine-et-Loire, commençaient tout juste à s'inquiéter de la montée de la Sarthe qui borde le village. Jeudi soir, le préfet a annoncé l'évacuation des habitants avant que le niveau de l'eau n'atteigne les 6,77 mètres attendus samedi matin.

Une évacuation organisée dans l'urgence

En quelques heures seulement, le couple de Cheffois a rassemblé ses affaires dans d'énormes sacs de courses, stocké les meubles en hauteur et « démonté la cuisine », affirme Pascal. « On venait de refaire le parquet, la prochaine fois, on mettra du carrelage », souffle son épouse. Les deux quinquagénaires installés dans la commune depuis onze ans ont quitté leur maison dans la matinée à bord d'une barque, avant de monter dans un tracteur. L'engin est conduit par un secouriste qui assure les allers-retours pour permettre aux voisins de quitter les lieux.

Ils sont sept secouristes à avoir fait le déplacement vendredi pour assurer que l'évacuation se passe au mieux. Un effectif qui vient compléter les équipes de gendarmes et de pompiers déjà sur place. « Il n'y a aucune obligation » à quitter le village indique le responsable d'équipes du centre français de secourisme du Maine-et-Loire, mais une bonne partie des habitants a passé la nuit les pieds dans l'eau et la Sarthe n'a pas fini de déborder alors « mieux vaut évacuer avant que la situation empire ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'entraide face à la catastrophe

À l'entrée du village, entre deux étendues d'eau, les secouristes et des villageois volontaires ont parqué des dizaines de voitures en rang d'oignon pour tenter de les sauver. Angélina et son fils Bruno rejoignent enfin la leur. « C'est un voisin qui nous a proposé de la conduire en lieu sûr hier soir », explique l'homme de 26 ans, « tout le monde fait preuve d'entraide, des équipes sont venues nous demander si on ne manquait de rien ».

Le néo Cheffois a passé la soirée les yeux rivés sur Vigicrues, le site du gouvernement permet d'être informé en temps réel de la montée des eaux. « Tout est allé très vite, en début de semaine le niveau de l'eau augmentait de 2,5 centimètres par heure, passant la barre des 6,50 mètres hier soir », atteste-t-il, « nous savions que la zone était facilement inondable mais nous ne nous attendions pas à devoir évacuer. »

Une crue qui rappelle 1995

Malgré plus de vingt ans passés à Cheffes, Sandra et Thibault* n'ont jamais vu ça. Parents de trois enfants, ils enlèvent à tour de rôle leurs bottes de pluie et déversent plusieurs centilitres d'eau sur le goudron. Seul Thibault est à peu près au sec, le père de famille s'est fait prêter une salopette imperméable : « nous n'étions pas forcément équipés, nous avons déjà connu des épisodes de crues mais jamais comme celui-là. » La famille a passé la nuit chez la sœur de Thibault avant de revenir chercher des affaires dans la matinée.

« Quand nous sommes partis hier à 16 heures, il n'y avait pas d'eau dans la maison », retrace Sandra, « quand nous sommes arrivés ce matin, il y avait une douzaine de centimètres d'eau au rez-de-chaussée. » Comme d'autres Cheffois, Sandra et Thibault ont appris hier soir que l'électricité serait coupée vendredi à 18 heures, « nous sommes revenus pour tout couper et essayer sauver le contenu des frigos ».

Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de 1995. À Cheffes, la Sarthe avait atteint les 7,38 mètres et l'épisode pluvieux avait été qualifié de « crue du siècle ». À une trentaine de minutes, Angers a aussi les pieds dans l'eau, le préfet a appelé les habitants à la prudence et le département a été placé jeudi en vigilance rouge pour risque de crues.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

*Les prénoms ont été modifiés.