Montignac-Lascaux en état d'alerte face à la montée de la Vézère
Jeudi 12 février, la commune de Montignac-Lascaux en Dordogne a vécu une journée de tension extrême. Le site Vigicrues avait initialement anticipé des inondations historiques, avec des prévisions atteignant 7 mètres, un niveau qui aurait largement dépassé les crues mémorables de 2001 et 1982. Ces annonces, rapidement revues à la baisse, ont suffi à placer tout un village en état d'alerte maximale.
Une surveillance minutieuse des moindres centimètres
Dès les premières heures, les riverains ont scruté chaque variation du cours d'eau, gonflé par les pluies persistantes de la tempête Nils. Chaque habitant possède ses propres repères, plus ou moins fiables, pour évaluer la menace. Parmi eux, Didier se distingue par son organisation méticuleuse. À chaque épisode de crue, il photographie l'échelle de mesure située près du pont et enregistre scrupuleusement les données sur son téléphone portable. « Là, ça commence à être sérieux. Il est 15 heures et on a déjà dépassé 5,60 m », confie-t-il, le souffle court.
Le pic de crue était attendu dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 février, plongeant la population dans une attente angoissée. Heureusement, les niveaux redoutés de 7 mètres, qui auraient nécessité l'évacuation rapide de plusieurs habitations habituellement épargnées, n'ont pas été atteints. « On attend, il n'y a que ça à faire », soupire Audrey, retranchée dans sa maison aux volets verts. Elle a dû se résoudre à acheter à la hâte une planche pour tenter de confectionner un batardeau de fortune.
Des préparatifs désespérés face à l'eau montante
Les riverains, impuissants, ont observé avec inquiétude la Vézère grignoter peu à peu les berges. Audrey, déterminée, s'encourage : « Je vais commencer à monter quelques meubles sur des parpaings ». Au bout de sa ruelle, une brasserie est déjà totalement submergée, présage sinistre de ce qui pourrait advenir. Sur la place d'Armes, devenue une annexe de la rivière, une équipe de bénévoles s'affaire à mettre hors d'atteinte un congélateur, dans une course contre la montre.
La circulation dans Montignac impose désormais le port de bottes, tant les rues commencent à être impraticables. « On verra bien ce qui se passe cette nuit », reprend Audrey, résignée. Les prévisions finales de Vigicrues annoncent un pic dès l'aube du vendredi 13 février, avec une cote moyenne estimée à 6,05 mètres et une haute à 6,44 mètres.
Une mobilisation municipale face à l'urgence
Gilles, un autre habitant, tente de garder son humour malgré la situation. « Revenez me voir demain, vous verrez si l'eau est rentrée », taquine-t-il, tout en se dépêchant de sécuriser les locaux qu'il possède près de l'église. « J'ai coupé l'électricité des locaux commerciaux, au rez-de-chaussée. Si la Vézère atteint 6,30 m, c'est foutu, je suis inondé », explique-t-il, avant d'ajouter qu'il a lui aussi monté ses meubles sur des parpaings.
Face à cette crise, le maire Laurent Mathieu, habitué aux caprices de la Vézère, a pris les devants en installant une cellule de crise au premier étage de l'hôtel de ville. « Il est sur le terrain depuis cette nuit avec deux autres élus. Trois conseillers municipaux sont présents en permanence à la mairie », précise le service de communication municipal. Cette structure permet de coordonner les actions et d'informer la population en temps réel.
L'incertitude persiste malgré une timide accalmie
Une éclaircie timide en fin de journée a offert un faux espoir aux Périgordins. En réalité, l'évolution de la situation et l'arrivée de la décrue dépendront surtout des apports en amont, notamment de la tumultueuse Corrèze. En attendant, la Vézère, devenue ocre comme les peintures de la grotte de Lascaux, charrie des débris inquiétants : ballons de basket, troncs d'arbres et même des meubles entiers dérivent dans son courant bouillonnant.
À Montignac-Lascaux, certains records ne méritent pas d'être battus. La crue centennale de la Vézère, survenue le 4 octobre 1960 avec un niveau record de 8,90 mètres, reste dans toutes les mémoires. Ce jeudi 12 février, c'est toute une communauté qui a retenu son souffle, espérant échapper à un nouveau chapitre dramatique de l'histoire des caprices de la rivière.