La Garonne en crue : une menace historique pour Marmande et ses environs
Les prévisions météorologiques annoncent une aggravation de la situation ce vendredi 13 février. La Garonne pourrait atteindre un niveau record de 10,28 mètres samedi matin, dépassant ainsi le seuil historique de la crue de 2021. Cette montée des eaux sépare déjà la rive droite et la rive gauche du Marmandais, créant une situation critique pour les habitants et les infrastructures.
Fermeture des ponts et préparation des commerces
Après la fermeture du pont Renaud-Jean la veille, les autorités ont annoncé la fermeture imminente du pont de la rocade et de la D933 entre Fourques et Marmande. Le cours d'eau gagne du terrain lentement mais sûrement, chaque heure apportant son lot d'inquiétudes. La plateforme Vigicrues indique une prévision de 10,28 mètres à la mi-journée de samedi à Marmande, soit 6 centimètres au-dessus du record de 2021.
Dans ce contexte, les commerces se préparent au pire. Cédric Pereira, coiffeur au salon Franck Coiffure, rue de la Filhole, redoute une inondation plus grave qu'en 2021. « On a peur que ce soit même pire qu'il y a cinq ans. À la cote haute annoncée, on aura 60 centimètres dans le salon », confie-t-il. Le salon, seul commerce de la ville exposé aux crues, avait déjà subi deux jours de fermeture en 2021. Cette fois, les propriétaires siliconent portes et fenêtres et mettent à l'abri leur stock, mais les accès trop larges empêchent la pose de batardeaux.
Évacuations et moyens d'urgence déployés
Les habitants sont en première ligne face à la montée des eaux. Martine, résidante près de la place du Moulin, vit dans l'angoisse depuis mercredi. « J'en chiale depuis mercredi », avoue-t-elle, se souvenant des 1,30 mètre d'eau dans son garage en 2021. D'autres n'ont pas eu le choix et ont dû quitter leur domicile, notamment dans la plaine de Coussan, où des riverains se sont retrouvés isolés dès jeudi soir.
Le capitaine Coly, à la caserne de Marmande, insiste sur l'importance des évacuations préventives. « Plus nous aurons réalisé des évacuations préventives avant la nuit, plus nous gagneront en termes de sécurité collective », exhorte-t-il. Les pompiers, approchant « la rupture capacitaire », reçoivent des renforts avec des plongeurs en eaux vives et des bateaux, tandis que le sous-préfet Michel Gouriou coordonne quotidiennement les opérations avec les élus.
Dégâts aux digues et problèmes électriques
Les dégâts s'étendent au-delà de Marmande. À Saint-Pardoux-du-Breuil, une quarantaine de personnes ont été évacuées par bateau, et des ruptures de digues ont été constatées sur 500 mètres entre le village et Taillebourg, ainsi qu'à Couthures-sur-Garonne. Les digues de Jusix et Caumont-sur-Garonne montrent aussi des signes de faiblesse.
À Fourques-sur-Garonne, 50 villageois ont trouvé refuge chez des proches, et le maire Jacques Bilirit a demandé une vingtaine de lits pour la salle des fêtes, transformée en centre d'accueil. Cependant, en début d'après-midi, ce lieu manquait toujours d'électricité et de chauffage, exacerbé par les dégâts du réseau causés par la tempête Nils.
Le sous-préfet de l'arrondissement reconnaît l'imprévisibilité de la situation. « Pour l'heure je n'ai pas de cartographie d'Enedis pour dire dans quels délais le réseau sera opérationnel, il faut encore patienter », déclare-t-il. Avec des précipitations attendues en amont, l'évolution de la Garonne reste incertaine, laissant les autorités et les habitants dans l'attente anxieuse de la suite des événements.



