La Boutonne déborde en Charente-Maritime : une crue sous surveillance mais sans panique
Crue de la Boutonne en Charente-Maritime : vigilance maintenue

La Boutonne déborde en Charente-Maritime : une crue sous surveillance mais sans panique

En vigilance orange depuis dimanche 15 février, la Boutonne déborde largement en amont de Saint-Jean-d’Angély, créant des paysages lacustres qui s’impriment jour après jour sur la rétine. Contrairement à l’effroi de la crue historique de décembre 1982, l’atmosphère actuelle est marquée par une relative sérénité, bien que la situation reste sous étroite surveillance.

Des paysages transformés par les eaux

Des routes de campagne miroitent sous l’inondation, des bosquets dénudés voient leurs arbres patauger, et des rivières normalement paisibles s’enfoncent sous les ponts avec un grondement menaçant. Ces images se répètent sur de nombreux territoires de la Charente-Maritime, de la vallée de la Seugne à la Charente aval, cette dernière étant passée en vigilance rouge.

En ce mercredi 18 février, c’est autour de la Boutonne que ces scènes se déploient avec le plus d’intensité. À Nuaillé-sur-Boutonne, les peupleraies prennent des allures de bayou froid, l’eau affleurant sous les parapets et se répandant partout, au point de rendre indistincts les bras sinueux de la rivière et les prairies qu’elle inonde.

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Une crue significative mais maîtrisée

Sur son tronçon amont, cet affluent rive droite de la Charente fait l’objet d’une vigilance orange depuis dimanche 22 heures, signalant une crue significative dont la rivière et ses ruisseaux contributeurs sont coutumiers. De loin en loin, des repères de crue rappellent le souvenir de la catastrophe de décembre 1982, lorsque l’eau avait envahi les rez-de-chaussée et surpris les habitants.

À Aulnay, où coule la Brédoire, Jean-Baptiste Bonnaud se souvient de cet événement avec précision. « Un bouchon s’était formé à l’endroit où la rivière coule en souterrain. L’eau était passée par-dessus et avait submergé la place centrale. Des gens y avaient même amené une barque à fond plat ! », relate-t-il. Cependant, la crue actuelle ne l’inquiète guère : « Oh vous savez, on a l’habitude… ».

Surveillance technique et craintes météorologiques

Au Symbo, le syndicat de gestion et d’aménagement du bassin-versant basé à Saint-Julien-de-l’Escap, on confirme que le pic de la crue est désormais dans le rétroviseur. Sur la Boutonne, il a été atteint le lundi 16 février à Saint-Jean-d’Angély, avec une cote de 10,70 m mesurée à l’échelle du pont Saint-Jacques. Cette mesure est légèrement supérieure aux 10,65 m de la crue de 2023, mais inférieure aux 10,90 m de 1994 et aux 11,15 m de décembre 1982.

Florent Staudt, technicien du Symbo, explique : « Ça baisse sur le bassin-versant ce mercredi matin. Parfois d’une dizaine de centimètres, parfois seulement deux ou trois. Mais on peut repartir à la hausse, tout va dépendre de la pluviométrie. S’il tombe 10 millimètres de pluie dans les prochaines 24 heures, ça devrait aller. S’il tombe le double… Il faut aussi prendre en compte les coefficients de marée de jeudi. Pendant les heures de marée haute, la Boutonne ne pourra pas se vidanger. »

Ce jeudi 19 février, les coefficients de marée seront respectivement de 96 et 97, avec un fort vent d’ouest qui poussera les paquets de mer à la côte et entravera l’écoulement des rivières. Une configuration peu idéale, alors que la pluie crépite de nouveau sur les toits depuis mercredi après-midi.

Réactions des riverains et impacts locaux

Marie-Claude Laurier, résidant dans l’ancien moulin du château Renaissance de Dampierre-sur-Boutonne, reste sereine malgré les débordements qui ont fusionné les différents bras de la rivière. « Ça ne craint rien, je ne suis pas affolée. La seule fois où l’eau est entrée dans la maison, c’était en 1982. Mon grand-père l’avait achetée en 1934, ce n’était jamais arrivé auparavant », narre-t-elle. Les prévisions météo à compter de jeudi soir la rassurent, le soleil devant percer une fois les vents de l’épisode tempétueux Pedro taris.

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Quelques centaines de mètres plus loin, le terrain du camping municipal est noyé, rappelant que la Boutonne, trop basse l’été et trop haute l’hiver, impose son rythme. La toponymie locale, entre La Fontaine aux Veuves et le lieu-dit Le Petit Marais, témoigne de ce cycle de l’eau qui a toujours rythmé la vie des campagnes.

Actuellement, la crue dessine un jeu de pistes entre les routes coupées et celles qui restent accessibles. On signale quelques maisons où l’eau est entrée, aux Églises-d’Argenteuil ou à Nuaillé-sur-Boutonne, ainsi que des remontées dans les caves à Saint-Jean-d’Angély et ailleurs. Aucun dommage grave n’est à déplorer pour l’instant, mais la prudence reste de mise, février n’étant pas encore terminé. Dans ce pays d’éoliennes, les pales barattent des nuages bas gorgés d’humidité, et les nappes affleurent dans les champs, invitant à la méfiance.