Près de 6 000 personnes sont mortes lors des épisodes caniculaires de juin 2026, selon un bilan provisoire de Santé publique France. La première vague de chaleur, du 24 au 28 mai, a causé 300 décès en excès, tandis que celle du 17 juin au 2 juillet a fait au moins 5 764 morts. Des chiffres qui rappellent la canicule de 2003 et confirment que la chaleur tue bien au-delà des personnes âgées.
Un phénomène qui frappe toutes les générations
Si les plus de 75 ans représentent deux tiers des décès, Santé publique France souligne que toutes les classes d'âge à partir de 15 ans sont concernées, avec une augmentation marquée dès 45 ans. « En réalité, quand sévissent des canicules aussi sévères que celle de juin, personne n'est à l'abri », prévient Basile Chaix, épidémiologiste et directeur de recherche à l'Inserm. Des récits locaux illustrent cette diversité : un jeune homme de 24 ans retrouvé mort dans un studio sous les combles à Mouchard (Jura), un sportif de 30 ans en arrêt cardiorespiratoire sur une piste d'athlétisme dans le Val-d'Oise, ou encore un quadragénaire effondré en pleine rue à Tours alors qu'il faisait 40 °C.
Les effets directs et indirects de la chaleur
La chaleur tue non seulement par hyperthermie ou déshydratation, mais aussi par des effets différés. Elle majore les risques d'accidents du travail et de la route, amplifie les violences domestiques, exacerbe les maladies chroniques et psychiatriques, et augmente les suicides. « Mis bout à bout, tous ces effets directs et indirects se chiffrent en milliers de morts », déplore Basile Chaix, qui qualifie cette somme de « boîte noire ». Les interventions pour coup de chaleur et déshydratation ont bondi de 480 % et 316 % respectivement fin juin, selon SOS Médecins.
Des inégalités sociales amplifiées
La chaleur frappe plus durement les plus pauvres. Les trois quarts des décès sont liés à l'exposition à la chaleur dans le logement, selon Basile Chaix. Les personnes précaires vivent souvent dans des passoires thermiques ou sous les toits, sans moyens de se rafraîchir. Contrairement à 2003, les décès en maison de retraite ont été limités, mais ceux à domicile ont explosé. L'urgentiste Anthony Chauvin témoigne : « On a vu arriver beaucoup de personnes habitant sous les toits. On a récupéré des patients qui étaient à 43 °C de température, en arrêt cardiaque. » Les sans-abri sont également très vulnérables, comme le rappelle Bérangère Grisoni, présidente du collectif Les morts de la rue.
L'impréparation du bâti et des politiques
Ces 5 000 morts mettent en lumière l'inadaptation du bâti aux températures actuelles et futures. Le « confort d'été » reste un impensé des politiques publiques : de nombreux logements n'ont pas de volets, et même les bâtiments récents, conçus pour l'hiver, deviennent des fours en été. Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) plaide pour intégrer des critères de décence liés aux températures élevées dans le diagnostic de performance énergétique (DPE) et faire évoluer les règles d'urbanisme qui limitent la pose de protections solaires. « Face à la chaleur, la première des politiques sanitaires est de s'attaquer à la question du logement », insiste Basile Chaix. « Si rien n'est fait, ce qui est anormal aujourd'hui – 5 000 morts lors d'une seule canicule – deviendra l'habituel demain. »



