Bergerac sous les eaux : un mois après la crue du Caudeau, le calvaire des sinistrés
Dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 février, des pluies d'une intensité exceptionnelle se sont abattues sur Bergerac, dans le département de la Dordogne. Cette précipitation torrentielle a provoqué la crue soudaine et inédite du ruisseau Le Caudeau, qui a rapidement débordé de son lit pour inonder plusieurs quartiers du nord de la ville. L'eau a envahi les rues, les jardins et les habitations, contraignant de nombreux résidents à évacuer leurs logements en urgence, parfois au milieu de la nuit.
Des maisons devenues inhabitables
Un mois après cette catastrophe naturelle, certaines familles attendent toujours de pouvoir rentrer chez elles. Dans le quartier de La Brunetière, un couple de personnes âgées vit un véritable cauchemar. « Nous avons eu 40 centimètres d'eau dans la maison, raconte Daniel, qui s'est réveillé les pieds dans l'eau le 13 février à 4 heures du matin. Maintenant, elle est totalement inhabitable. Les planchers, notamment, sont complètement fichus. »
Le couple a dû passer trois semaines dans un hôtel avant de trouver une location temporaire en centre-ville. Bien que leur assurance prenne en charge les frais, la situation reste difficile. « Ce n'est quand même pas marrant, d'autant qu'on n'est plus tout jeunes », confie-t-il avec émotion. Dans leur cuisine, une femme prend actuellement des mesures pour établir un devis de réparation, tandis que les démarches avec les assureurs se poursuivent.
Des dégâts considérables et des retours différés
Leur voisine, Carole, a pu réintégrer sa maison vingt jours après la crue, mais les traces de l'inondation sont encore bien présentes. « La piscine est fichue, ma voiture aussi et nous avons eu pour environ 75 000 euros de dégâts, détaille-t-elle. On a encore les déshumidificateurs qui tournent en permanence dans la maison. En quarante ans, on n'avait jamais vu une telle chose. »
Plus au sud, entre les quartiers de Beauplan et du Bout des vergnes, d'autres habitants ont subi des dommages plus ou moins importants. Un résident témoigne : « Moi, je n'ai pas eu grand-chose, mais mes voisins ont eu leur garage inondé et ont perdu leurs deux voitures. »
Près du Caudeau, une maison reste désespérément vide après l'évacuation de ses occupants. Le propriétaire estime que le retour ne sera pas possible avant quatre à six mois. « Une entreprise de nettoyage est passée et il y a toujours huit ou dix déshumidificateurs et ventilateurs qui tournent pour éliminer la moisissure, explique-t-il. Ensuite seulement, on pourra évaluer ce qu'il faut réparer. »
Des travaux de reconstruction coûteux
De l'autre côté du ruisseau, le sauna club libertin L'Irrésistible est en pleine phase de reconstruction. Les réparations ont été estimées à 130 000 euros. La gérante, Tatiana Metifet, espère rouvrir ses portes à partir du 4 avril. « Nous avons trouvé des entreprises très efficaces et réactives, mais nous réalisons aussi une grosse partie des travaux nous-mêmes, comme le parking, les extérieurs et l'aménagement, précise-t-elle. Ma famille a avancé les frais. Si j'avais dû attendre l'assurance, je n'aurais pas pu rouvrir. On va créer quelque chose d'encore plus beau qu'avant. »
La question des ouvrages en mauvais état
Le mauvais état des ouvrages sur le lit du Caudeau a-t-il aggravé l'inondation ? S'il ne constitue pas le seul facteur, il y a certainement contribué, selon Frédéric Delmarès, président de la Communauté d'agglomération bergeracoise (CAB). Lors de la dernière réunion du conseil, il a souligné cette problématique. La CAB a débloqué un million d'euros supplémentaires pour financer les travaux urgents nécessaires après ces intempéries.
Néanmoins, une réflexion plus large doit être menée avec les particuliers qui possèdent des ouvrages dysfonctionnels le long du ruisseau. Un habitant concerné constate : « Chez nous, il y a une vanne qui est bloquée depuis que nous sommes arrivés, il y a vingt-cinq ans. Cela a certainement contribué à gêner l'évacuation des eaux. »
Cette catastrophe naturelle a donc non seulement laissé des traces matérielles profondes, mais elle a aussi soulevé des questions cruciales sur la gestion des cours d'eau et la prévention des risques d'inondation dans la région.



