Alors qu'une nouvelle canicule frappe la France en ce début d'été 2026, de nombreux Français ressentent tristesse, angoisse et colère. Ce mal-être estival pourrait être expliqué par un concept méconnu : la solastalgie. Ce terme, créé dans les années 2000, refait surface pour décrire la détresse psychique liée à la perte d'un environnement sain, sécurisé et agréable.
Qu'est-ce que la solastalgie ?
La solastalgie est définie comme « une détresse psychique ressentie par la perte d'un environnement que l'on a connu et qui ne sera plus », explique Claire Wallez, psychologue montpelliéraine spécialisée en écoanxiété. Elle décrit la solastalgie comme « la douleur liée à la perte de ce qui nous réconforte ». Le terme est la contraction de « solace » (réconfort) et « algie » (douleur).
Plusieurs manifestations psychologiques y sont associées : la tristesse, la colère, l'inquiétude. Ce sentiment est plus ciblé et empirique que l'éco-anxiété. La personne qui souffre de solastalgie constate les effets du changement climatique sur son environnement proche, sur des choses auxquelles elle tient. « La solastalgie correspond à une douleur qui survient lorsque l'on constate les dégradations faites à la planète par les activités humaines », ajoute la psychologue.
Un constat douloureux
Selon le dernier baromètre de l'Insee sur l'écoanxiété publié le 25 juin 2026, « quatre personnes sur dix se déclarent très inquiètes des effets du dérèglement climatique ». Ce chiffre illustre l'ampleur du phénomène. La garrigue qui part en fumée, les grenouilles qui disparaissent du ruisseau dans le jardin, un proche affecté par la chaleur : autant de signes concrets qui alimentent le ressentiment.
L'alternative : l'amnésie écologique
Le concept inverse de la solastalgie a vu le jour bien avant elle. Dans les années 1990, le chercheur Daniel Pauly a popularisé l'idée de l'amnésie écologique, aussi appelée « shifting baseline ». L'année dernière, le chercheur franco-canadien expliquait que « si on ne voit que les changements que l'on observe dans sa propre vie, on ne perçoit qu'une toute petite partie des changements ». Les signes de la détérioration du climat et de la biodiversité nous échappent, nous en sommes moins conscients et nous ignorons de plus en plus que l'activité humaine en est la cause.
À l'inverse de la solastalgie, l'amnésie climatique nous rend indifférents. En fermant les yeux sur les effets du changement climatique, nous nous épargnons la mélancolie, l'angoisse et la colère qu'il a tendance à créer. Deux camps se dessinent : faut-il être hyperconscient du désastre écologique en cours et souffrir, ou bien l'ignorer pour rester heureux, mais peut-être bête ?



