Le râle des genêts, oiseau nocturne reconnaissable à son chant « crex-crex » évoquant un vieux radio-réveil ou une cigale, ne résonne quasiment plus en France. Dans certaines régions où l'espèce était bien implantée, elle a même complètement disparu. C'est le cas en Bretagne, où deux années d'écoutes intensives n'ont permis de détecter aucun individu.
Deux ans d'écoutes sans résultat en Bretagne
Corentin Morvan, chargé d'études à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de Bretagne, témoigne : « Nous avons mené des écoutes pendant deux ans. Nous avions des enregistreurs automatiques qui ont été déclenchés toutes les nuits pendant deux mois. Nous avions de l'espoir. Mais n'avons rien. Rien du tout. »
Le spécialiste est catégorique : le râle des genêts a disparu de la région. Il explique que l'oiseau est victime des méthodes agricoles modernes : « C'est un oiseau qui niche au sol dans les prairies. Quand les couples font leurs petits, les oisillons n'ont pas le temps de grandir et finissent broyés par les moissonneuses. »
Une chute vertigineuse de 97 % depuis 1970
Le réchauffement climatique et la sécheresse précipitent sa disparition. Plus il fait chaud et sec, plus les moissons sont précoces et régulières, ne laissant aucune chance à l'espèce de se repeupler. Depuis les années 1970, le nombre de spécimens aurait baissé de 97 % en France, un véritable effondrement.
L'oiseau, très discret, aime vivre caché dans les hautes herbes des prairies humides. Mais ces habitats se raréfient, et l'avenir paraît bien sombre pour l'espèce.
Une soixantaine de couples recensés en 2024
Porté disparu en Bretagne, le râle des genêts subsiste encore dans quelques rares contrées de France. Mais les espoirs de sauver l'espèce sont minces. Cette année, seuls une soixantaine de couples nicheurs ont été recensés, soit presque deux fois moins que l'an dernier, où 100 à 100 mâles chanteurs avaient été identifiés.
Corentin Morvan exprime son désarroi : « C'est une catastrophe. On voit tous nos espoirs dégringoler. On se demande même si l'espèce ne va pas s'éteindre avant la fin de la campagne nationale. C'est quasiment fini. »
Le plan national d'actions compromis
Lancé en 2024, le plan national d'actions pour le râle des genêts devait s'achever en 2033. Des réintroductions ciblées avaient été envisagées pour repeupler l'espèce. Mais la chute vertigineuse des observations semble avoir balayé tous les espoirs. « On se demande si cela servirait vraiment à quelque chose », reconnaît la LPO.



