En avril 2026, le programme européen Copernicus Marine Service a dressé un constat alarmant sur la hausse de la température de surface en Méditerranée. Robert Bunet, directeur de recherche à l'Institut Paul Ricard, basé sur l'île des Embiez, détaille les multiples effets de ce réchauffement sur la biodiversité marine.
Des effets visibles au quotidien
« Nous sommes dans l'eau toute l'année. On observe les effets du réchauffement au quotidien », témoigne Robert Bunet. Bien que la température en tant que telle ne soit pas un sujet de recherche de l'organisme, ses effets sont devenus incontournables dans leurs travaux. La hausse du mercure agit sur de nombreux paramètres : habitat, reproduction, comportement, migration, alimentation.
Le plancton en première ligne
Les premiers impactés sont les petits organismes comme le plancton et le phytoplancton, dont la survie dépend d'une fenêtre de température précise. Leur appauvrissement fragilise toute la pyramide alimentaire.
Incubateur de pathogènes
La progression du Celsius agit comme un incubateur de bactéries, virus et parasites. Une des victimes est la Grande Nacre, espèce emblématique de la Méditerranée. En 2016, après de grands épisodes de mortalité en Espagne, la veille a été renforcée. Pendant trois ans, rien ne se passe, puis l'haplosporidium pinnae a commencé à se développer et à décimer les populations. « On suppose que le parasite a toujours été là, mais que l'augmentation des températures l'a comme réveillé », explique Robert Bunet.
Cercles vicieux
La posidonie, frayère et nurserie de centaines d'espèces, n'est pas épargnée par la prolifération des parasites. Lorsqu'elle est touchée, sa photosynthèse et le captage des minéraux sont perturbés. Avec une croissance de quelques centimètres par an, il lui est presque impossible de s'adapter ou de se déplacer. « Les réseaux se sont construits sur des centaines voire des milliers d'années. Le réchauffement, lui, s'est produit en quelques dizaines d'années. » La disparition des herbiers et du phytoplancton entraîne un cercle vicieux : en disparaissant, ces végétaux perdent leur pouvoir de captation du CO2, ce qui accélère le réchauffement et leur propre disparition.
Plus chaud et plus acide
Les échinodermes et le coralligène sont confrontés à un double danger : le réchauffement et l'acidification des océans, tous deux liés aux émissions de CO2. Le dioxyde de carbone absorbé par les eaux de surface produit un acide qui dérègle le pH de la mer. Les squelettes et coquilles des organismes calcifiants sont fragilisés, surtout chez les juvéniles. « Ces espèces peuvent supporter les canicules marines, mais si elles sont plus longues et plus régulières, elles favorisent le développement des bactéries qui attaquent plus facilement ces organismes fragilisés », ajoute Robert Bunet.
L'économie bleue exposée
La Méditerranée regorge de spécificités géographiques. Avec la tropicalisation, les espèces du sud migrent vers le nord. Poissons-lions, poissons lapins, barracudas se retrouvent dans les filets des pêcheurs sans grande valeur marchande. Le développement de ces prédateurs augmente la pression sur les populations de poissons, diminuant la ressource halieutique. L'aquaculture, située dans les eaux de surface jusqu'à 30 mètres de profondeur, doit faire face à de nouveaux dangers : « Les poissons d'élevage ont besoin de températures stables. S'il fait trop chaud, ils mangent moins, sont plus petits et leur système immunitaire est affecté. » Avec la densité de population, les maladies circulent plus vite, et contrairement aux poissons sauvages, ils ne peuvent pas migrer.



