PFAS : moins de 2% des émissions retirées malgré des investissements massifs
PFAS : moins de 2% des émissions retirées malgré des investissements massifs

Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), surnommées « polluants éternels », sont au cœur d’une controverse scientifique et politique. Une étude récente, relayée par Le Monde, révèle que même en injectant des sommes considérables dans des technologies de dépollution, moins de 2 % des émissions de PFAS pourraient être effectivement retirées de l’environnement. Ce constat alarmant interroge l’efficacité des stratégies actuelles de remédiation.

Un constat accablant sur l’efficacité des technologies de dépollution

Selon les travaux menés par des chercheurs de l’université de Stockholm et publiés dans la revue Environmental Science & Technology, les procédés de filtration, d’adsorption sur charbon actif ou d’oxydation avancée ne parviennent à capturer qu’une fraction infime des PFAS présents dans les eaux usées, les sols ou l’air. L’étude chiffre à 1,8 % la proportion des émissions annuelles mondiales de PFAS qui pourraient être éliminées par les technologies existantes, même déployées à grande échelle. « C’est un peu comme vouloir vider l’océan avec une cuillère », commente le professeur Ian Cousins, co-auteur de l’étude.

Des investissements colossaux pour un résultat dérisoire

L’analyse économique jointe à l’étude estime que le coût d’un déploiement mondial des meilleures techniques disponibles (MTD) se chiffrerait en centaines de milliards d’euros. Pourtant, le gain environnemental resterait marginal. « Investir massivement dans la dépollution sans s’attaquer à la source revient à colmater une fuite sans fermer le robinet », explique le chercheur. Les auteurs préconisent donc une stratégie radicale : stopper la production et l’utilisation des PFAS non essentiels, comme le prévoit la proposition de restriction européenne.

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La pollution continue de s’accumuler

Les PFAS sont utilisés depuis les années 1950 dans une multitude de produits : poêles antiadhésives, vêtements imperméables, mousses anti-incendie, emballages alimentaires. Leur persistance dans l’environnement leur vaut le nom de « polluants éternels ». Aujourd’hui, ils contaminent l’eau potable, les sols agricoles et la chaîne alimentaire. L’étude souligne que, même si l’on arrêtait immédiatement toute émission, les concentrations dans l’environnement mettraient des décennies à diminuer naturellement. En attendant, la charge annuelle de PFAS rejetée dans la nature continue d’augmenter.

Quelles alternatives ?

Face à cette impasse technologique, les experts appellent à une action réglementaire forte. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, poussent pour une interdiction large des PFAS au niveau européen. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) examine actuellement une proposition visant à restreindre la fabrication et la mise sur le marché de ces substances. Cependant, les industriels du secteur défendent l’utilité de certains PFAS dans des applications critiques (médicales, aéronautiques) et plaident pour une gestion contrôlée plutôt qu’une interdiction pure et simple.

Un appel à la prévention plutôt qu’à la guérison

L’étude conclut que la priorité absolue doit être de réduire les émissions à la source. « Les technologies de dépollution ne sont qu’un filet de sécurité, pas une solution miracle », insiste le professeur Cousins. Pour les auteurs, le rapport coût-bénéfice des investissements dans la remédiation est défavorable comparé à une politique de prévention. Ils recommandent de réorienter les fonds publics et privés vers le développement de substituts non toxiques et vers la recherche en toxicologie.

En attendant, des millions de citoyens restent exposés à des niveaux de PFAS jugés préoccupants pour la santé. L’étude rappelle que l’objectif de zéro pollution chimique, inscrit dans le Green Deal européen, semble hors de portée si l’on ne s’attaque pas fermement à la source du problème.

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