Les lézards ne sont pas des paresseux qui s'offrent une sieste au soleil. Leur immobilité apparente cache en réalité une activité vitale : la thermorégulation. Une étude menée dans le nord de l'Espagne sur le lézard des murailles (Podarcis muralis) a mesuré que leur température corporelle atteint en moyenne 33,8 °C pendant l'été. Ce n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat d'un comportement précis : ils s'exposent au soleil pour se réchauffer, puis se retirent à l'ombre pour éviter la surchauffe.
Un comportement de thermorégulation bien rodé
Les lézards sont des animaux ectothermes : ils dépendent de sources de chaleur externes pour réguler leur température corporelle. Le soleil et les surfaces chaudes, comme les pierres, leur fournissent cette énergie. Or, la température influence de nombreuses fonctions physiologiques, de la digestion à la locomotion. Les lézards ne cherchent pas à devenir « le plus chaud possible », mais à atteindre une plage de température favorable à leur activité, qui varie selon l'espèce et les circonstances.
L'étude espagnole, portant sur 116 lézards des murailles actifs en été, a montré que ces reptiles s'exposent de moins en moins au soleil à mesure que la température extérieure augmente. Leur activité diminue également pendant les heures les plus chaudes de la journée. Une autre expérience, réalisée avec une lampe chauffante, a révélé que les lézards quittent leur poste d'exposition après avoir atteint une certaine température, puis reviennent se chauffer après refroidissement. Ce va-et-vient démontre une gestion active de leur température, et non une simple exposition passive.
Les limites de l'exposition solaire
« Lézarder au soleil » a ses limites. Quand l'environnement est frais, s'exposer permet de se réchauffer, mais quand il devient très chaud, le même comportement expose à la surchauffe. Les lézards doivent alors gagner l'ombre, une fissure ou un abri plus frais. Chez le lézard des murailles, l'activité estivale peut devenir bimodale : importante le matin et en fin de journée, mais réduite autour de midi.
Il n'existe pas une température idéale valable pour tous les lézards. Chez le lézard vivipare (Zootoca vivipara), des expériences en gradient thermique ont montré des températures sélectionnées moyennes variant de 29,9 à 34 °C selon les mois. Cette variation dépend de l'espèce, mais aussi de la saison, de l'heure de la journée et de l'état de l'animal. Ainsi, rester au soleil n'est bénéfique que tant que la chaleur gagnée reste compatible avec l'activité. Au-delà, le lézard doit changer de stratégie et rejoindre un refuge plus frais.
Une apparente paresse trompeuse
L'immobilité du lézard sur son mur est donc trompeuse. L'animal est en train de faire un choix : rester exposé quelques minutes de plus ou disparaître dans une fissure. Lors des journées les plus chaudes, on peut paradoxalement voir moins de lézards en plein soleil. Pour un animal qui dépend de la chaleur extérieure, savoir l'éviter au bon moment est aussi important que savoir la rechercher.
Cette étude, relayée par le magazine Le Monde des Animaux, met en lumière la complexité du comportement des reptiles. Elle rappelle que chaque espèce a développé des stratégies fines pour survivre dans des environnements changeants, et que l'observation attentive de la nature révèle des mécanismes d'une précision étonnante.



