L'Attila des mers dévaste les lagunes méditerranéennes
Plus de 30 000 individus capturés en seulement six mois : le bilan 2025 confirme l'expansion alarmante du crabe bleu américain (Callinectes sapidus) sur le littoral d'Occitanie et en Corse. Cette espèce invasive, surnommée "l'Attila des mers" pour ses ravages, continue de progresser malgré les efforts des pêcheurs et des scientifiques.
Des dégâts considérables sur les écosystèmes et l'économie
"Le problème ce sont les dégâts", insiste Laurent Pezzotti, pêcheur dans l'étang de l'Or (Hérault). Ce crustacé aux pinces puissantes détruit les filets de pêche, dévore poissons et crustacés locaux, et perturbe gravement l'équilibre des lagunes. "Ce sont des crabes nageurs, si on laisse les trémails la nuit, ils les abîment avec leurs gros bras", explique le professionnel, qui doit désormais retirer ses filets plus fréquemment, augmentant ses coûts d'exploitation.
Un programme innovant pour cibler les femelles
Face à cette invasion, le Comité Régional des Pêches d'Occitanie (CRPEM) a lancé le programme "Sentinelles du Crabe bleu", financé par l'Agence de l'Eau, la Région Occitanie et le SGAR. L'objectif : comprendre et cibler spécifiquement les femelles, qui ne se reproduisent qu'une seule fois dans leur vie. "On cherche à comprendre où et comment la femelle est présente", détaille Chloé Jehl, coordinatrice du programme.
La stratégie repose sur plusieurs observations clés :
- La femelle ne peut se reproduire qu'une seule fois
- Sa maturité dépend principalement de la salinité de l'eau
- Le mâle est plus sensible aux variations de température
- Le crable bleu affectionne particulièrement l'eau douce
Une progression inégale mais inquiétante
Nathalie Barré, du pôle relais lagunes méditerranéennes d'Occitanie, observe une progression variable selon les sites : "Nous sommes globalement sur une hausse mais avec beaucoup de variabilité suivant les vents ou l'apport d'eau douce". Certaines zones sont particulièrement touchées :
- L'étang de Canet (Pyrénées-Orientales), l'un des premiers touchés il y a dix ans
- Les étangs du Ponant vers le Grau-du-Roi (Gard)
- Les zones de confluences comme le Vidourle
En Corse, la situation est tout aussi préoccupante. Marie Garrido, chargée de mission du pôle relais lagunes méditerranéennes de l'île, rapporte que 15 tonnes ont été prélevées en 2025. "Depuis 2023, il a trouvé des conditions propices et s'est déplacé à titre exploratoire", précise-t-elle, notant des impacts significatifs sur la pêche à l'anguille.
Des opérations coup de poing à venir
Le programme prévoit des actions concrètes pour les prochains mois. "Nous allons mener des opérations coup de poing de pêche pour réguler les populations de chaque lagune", annonce Chloé Jehl. Ces interventions ciblées s'appuieront sur des données précises concernant le comportement du crabe bleu :
- Actif à partir de 15°C dans la lagune
- En léthargie en dessous de 10°C
- Croissance et reproduction maximales à 24°C
- État de stress et agressif au-delà de 36°C
Les scientifiques restent cependant prudents. "Nous avons encore besoin d'informations sur l'évolution du crabe bleu", reconnaît Nathalie Barré. "Nous connaissons son cycle de trois ans, mais nous avons du mal à évaluer son impact précis sur la biodiversité." Le mystère demeure notamment concernant le stock réel de population de cette espèce invasive.
Une inquiétude supplémentaire plane pour les prochains mois : les précipitations récentes et l'apport d'eau douce, particulièrement appréciés par le crabe bleu, pourraient accélérer sa prolifération. La bataille contre l'Attila des mers est loin d'être gagnée, mais les Sentinelles du Crabe bleu préparent leur contre-offensive.



