« Bonjour, je suis écogarde pour le parc. Vous êtes dans une zone protégée qui n’est pas autorisée d’accès. Je vais vous demander de regagner le sentier. » Cette phrase, Claire, Tom et Luca vont la répéter plusieurs fois dans la journée, chaque fois qu’un promeneur aura eu envie de s’asseoir sur les rives de l’Huveaune ou de se tremper les pieds dans l’eau fraîche. « C’est pour la photo ! » sera la réponse donnée la plupart du temps aux trois écogardes lors de leur patrouille dans le vallon de Castelette, un spot très sensible : les sources de l’Huveaune.
« Le lit de la rivière est fragile », expliqueront-ils inlassablement, rappelant la lente formation des tufs et l’extrême vulnérabilité du site. Le tout dans un calme olympien. Ce sera leur principale mission ce jour-là.
Un métier tout terrain
Il est 10 heures, à la Maison du parc naturel régional (PNR) de la Sainte-Baume. Les écogardes préparent leur sac à dos : cartes, documentation, veste polaire, eau. « Nous avons un rôle préventif et de sensibilisation, rappelle Claire Ceone, coordinatrice écogarde. Nous pouvons faire des rappels à l’ordre si nous constatons des infractions. »
Deux groupes se forment : Nikita, Manami et Hugo partiront sur le site de la grotte ; Claire, Tom et Luca descendront vers les sources de l’Huveaune. Il fait beau, pas trop chaud. Le temps idéal pour randonner. Déjà sur le parking face à l’Hostellerie, les voitures peinent à trouver une place. Les promeneurs se rassemblent et filent vers le sanctuaire ou s’enfoncent dans la forêt domaniale en contrebas du plateau. Cette journée du 8 mai s’annonce animée. Tom se chargera de remplir la fiche d’information visiteur, Luca portera le petit compteur à l’épaule. Chaussures de marche, chapeau, ils sont prêts.
« Tout ce qui n’est pas du milieu naturel, il faut le ramener »
À quelques mètres derrière la Maison du parc, après l’étendue d’asphodèles, les écogardes pénètrent dans la réserve biologique de la Sainte-Baume – le massif est découpé en différentes zones de protection avec une réglementation propre : Natura 2000, espaces naturels sensibles, réserves, zonages d’inventaires. Pas facile pour les visiteurs de s’y retrouver, surtout quand ils se promènent avec leur chien (autorisé en laisse autour de la grotte, interdit dans la réserve).
Il faut environ quarante minutes pour atteindre les sources. En chemin, le trio en profite pour ramasser quelques déchets : papier, bout de semelles de chaussures – très fréquent –, une chaussette – plus insolite –, des détritus alimentaires. Non, ce n’est pas une bonne idée de laisser son trognon de pomme ou un bout de son sandwich, même si on pense que c’est biodégradable. « Même une peau de banane peut polluer et empoisonner la faune, précise Luca. Tout ce qui n’est pas du milieu naturel, tout ce qu’on amène, il faut le ramener. »
Les écogardes sont donc très vigilants, surtout du côté de la clairière, propice au pique-nique. Aux alentours de midi, c’est plutôt calme (113 visiteurs au compteur). Hugo, Manami, Luca et Tom sont les quatre écogardes venus en renfort dès le mois d’avril, les week-ends et jours fériés. Ils sont entourés par Claire et Nikita, à l’année au sein du parc. L’été, l’équipe est complétée par l’arrivée de 18 gardes régionaux forestiers.
Ils ne sont pas seuls à patrouiller ce jour-là. Arrivé sur la passerelle qui enjambe la rivière – des aménagements ont été créés à la suite d’épisodes de surfréquentation inédits à la sortie du confinement – le petit groupe croise deux techniciens de l’Office national des forêts qui, eux, sont assermentés. Ils se connaissent bien, travaillent souvent ensemble. « Les panneaux sont plutôt efficaces, les gens attendent avec leur chien, se relaient jusqu’aux sources. » Cependant, plusieurs propriétaires ont dû rebrousser chemin. Certaines applications de randonnée ne sont pas tout à fait à jour ou détaillées.
L’après-midi (593 visiteurs), l’atmosphère est plus électrique. De l’orage dans l’air ? Peut-être. En tout cas, il y a plus de monde. Pour les écogardes, cela signifie davantage de sollicitations. Des renseignements sur les parcours, des conseils, des explications aussi. « Nous avons beaucoup de discussions autour du patrimoine. Hors saison, nous parlons davantage des actions du parc », souligne Claire.
Il est 16 heures. Les écogardes remontent vers la Maison du parc où les attend l’autre trio. Relevés de compteur : 820 personnes pour la grotte ; 960 pour l’Huveaune.
Quatre parcours, un point commun
Ils sont 4 retenus sur près de 90 candidatures. C’est chaque année la même chose pour Claire et Nikita : trouver derrière le curriculum vitae les qualités humaines qui feront du candidat un bon écogarde. Davantage que les diplômes, ce qui compte « c’est l’aspect débrouille, souligne Claire. Savoir se repérer, lire une carte, être autonome en milieu naturel. Bien sûr, il faut avoir une bonne condition physique. Nous lisons toutes les lettres de motivation, c’est là que se dégage la personnalité, l’envie ».
Des qualités humaines primordiales
Pour Hugo, Claire et Nikita ne se sont pas vraiment posé de questions. C’est la troisième saison pour l’homme de 37 ans. Originaire du territoire, il est allé chercher de nouvelles aventures professionnelles en Afrique du Sud dans un centre de soins pour la faune sauvage. Reconverti tourneur sur bois, il complète son activité au sein du parc. Manami, Tom et Luca ont des parcours de vie presque similaires. Des études, des voyages et la nature.
Manami a 26 ans. Après des études d’ingénieur au Québec, elle se réoriente vers un master d’écologie. Être écogarde, c’est l’occasion de découvrir un métier et un territoire. Luca s’est également réorienté vers un métier qui avait pour lui du sens. Lui aussi a fait un détour par le Québec après l’obtention de son BTSA gestion et protection de la nature où il a été agent de l’environnement. Ses connaissances ont largement convaincu. Tom a 29 ans mais déjà plusieurs métiers à son actif. Ingénieur de formation, il arrête tout il y a quatre ans. Des voyages, du bénévolat, de l’enseignement, de l’encadrement dans un club de voile, autant d’expériences qui ont pesé dans la balance lors du recrutement. Ils ont des parcours de vie différents mais partagent la même sensibilité, la même ouverture d’esprit.



