Cochenille tortue : l'invasion gagne Fréjus, Puget et Roquebrune
Cochenille tortue : l'invasion gagne l'Est-Var

La cochenille tortue du pin (Toumeyella parvicornis), insecte invasif venu d'Amérique du Nord, poursuit son expansion dans l'Est-Var. Fréjus, Roquebrune-sur-Argens et Puget-sur-Argens sont désormais touchées, tandis que Saint-Raphaël et Les Adrets-de-l'Estérel semblent indemnes pour l'heure. Face à une propagation difficile à enrayer, les moyens de lutte s'organisent.

Une progression visible dans l'agglomération Estérel Côte d'Azur

Depuis quelques semaines, les observateurs attentifs de la nature peuvent remarquer le brunissement des aiguilles d'un très grand nombre de pins au sein de l'agglomération. Ce dépérissement s'accompagne de taches noirâtres plus ou moins visibles au pied des arbres touchés. Ce n'est pas la sécheresse prolongée ni les vagues de chaleur qui en sont la cause, mais bien la cochenille tortue, dont les colonies sucent la sève des rameaux et produisent un mélange de miellat et d'excréments favorisant l'apparition d'une maladie fongique, la fumagine. Un cocktail dévastateur pour les arbres.

Roquebrune-sur-Argens et Puget-sur-Argens ont été parmi les premières communes du secteur à être concernées. Fréjus a rejoint la liste des communes infestées l'année dernière. Saint-Raphaël, elle, n'est pas classée comme commune infestée mais figure dans une zone tampon délimitée par les autorités. Des arbres malades sont notamment présents dans le secteur de Valescure, laissant présager une invasion proche. « Elle sera sans doute déclarée comme infestée en fin d'année, après la prochaine campagne de surveillance », confirme Fabienne Blanchon, chargée de mission santé des végétaux au sein de la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf). Les Adrets-de-l'Estérel ne figurent pas, pour l'heure, parmi les communes concernées.

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Un foyer d'infestation français situé à Saint-Tropez

Pour comprendre cette invasion, il faut remonter quelques années en arrière et traverser les Alpes. Originaire d'Amérique du Nord, Toumeyella parvicornis a été introduite accidentellement en Italie, où elle cause depuis 2014 des dégâts importants, notamment sur les pins parasols et maritimes de Naples et de Rome. En France, sa première détection remonte à septembre 2021, à Saint-Tropez. Depuis, le parasite a progressivement quitté les limites du golfe de Saint-Tropez pour gagner une grande partie du Var. Tout récemment, des pins infestés ont été observés à Gordes, dans le Vaucluse, et aux alentours de Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Deux nouveaux foyers dont l'origine reste à préciser.

La progression peut s'effectuer naturellement, notamment avec le vent pendant la période de végétation, mais également par le déplacement de végétaux contaminés. Ce qui rend particulièrement délicate la maîtrise de sa diffusion. Outre sa capacité de reproduction vertigineuse, nombreux sont les spécialistes qui redoutent que la cochenille tortue ne devienne une véritable calamité pour le patrimoine végétal et paysager de la Provence et de la Côte d'Azur. La fumagine qui recouvre les végétaux infestés perturbe la photosynthèse tandis que les larves, en prélevant continuellement de la sève, affaiblissent les arbres.

De 50 à 90 % de mortalité dans les territoires infestés

Les exemples observés dans les régions touchées de longue date n'incitent guère à l'optimisme. À Naples, « au moins la moitié des 10 000 pins de la ville ont péri » entre 2014 et 2020 selon l'agronome napolitain Vincenzo Topa. Au Canada, plus de 75 % de mortalité des pins a été constatée par la Direction de la protection des forêts du Québec sur les superficies de forêt touchées. Dans les Caraïbes, notamment les îles britanniques de Turks et Caïcos, plus de 90 % des pins ont été décimés selon l'Overseas territories conservation. Si aucune donnée sur la mortalité en France n'a été publiée à ce jour, les experts estiment que la situation dans l'Hexagone se rapproche de celle en Italie.

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Depuis 2022, un cadre réglementaire national vise à empêcher l'introduction et la propagation de cet insecte contre lequel la lutte est obligatoire. Les pins contaminés doivent, selon leur état et leur niveau d'infestation, faire l'objet d'un élagage des parties atteintes, d'un traitement voire d'un abattage. Ces opérations sont à la charge du détenteur de l'arbre. Les branches et troncs issus de ces coupes doivent être finement broyés sur place et évacués vers une déchetterie située dans la zone délimitée ou compostés dans ce même périmètre. La Draaf rappelle que ce type de précautions vaut pour les voyageurs qui seraient tentés de ramener des plants et fruits exotiques de leurs voyages à l'étranger, car « ceux-ci peuvent contenir des insectes ou des larves d'espèces exogènes qui ont par la suite des conséquences désastreuses pour la biodiversité locale ».

De nouveaux traitements à l'essai

Face à un ravageur pour lequel aucune solution miracle n'existe encore, plusieurs méthodes sont expérimentées. Certaines communes ont expérimenté le lâcher de milliers de coccinelles prédatrices. D'autres organismes auxiliaires, les chrysopes, peuvent également être utilisés. Mais les résultats de cette lutte biologique restent à démontrer. Une nouvelle possibilité est apparue il y a quelques mois : face à l'insuffisance des moyens disponibles et au manque d'efficacité du Revive II utilisé jusqu'ici, le ministère de l'Agriculture a autorisé à titre dérogatoire l'utilisation du Quenza, un produit à base d'azadirachtine, un insecticide naturel. Initialement autorisé de mars à juillet, son usage a été prolongé jusqu'au 8 novembre prochain, notamment car sa distribution a été retardée. Il doit être appliqué par injection, dès les premiers signes de présence du ravageur. Comme les autres produits phytosanitaires utilisés dans le cadre de cette lutte, « son usage doit être réalisé par des professionnels agréés », rappelle la Draaf. Ceux-ci sont actuellement au nombre de sept, dont Tropicana Flore à Roquebrune-sur-Argens.

S'il est encore « un peu tôt » selon les autorités pour évaluer l'efficacité du Quenza, il ne faut toutefois pas espérer que ce produit réalise des miracles. Fabienne Blanchon rappelle que « les traitements tuent également d'autres organismes qui sont bénéfiques à ces arbres. Il est donc conseillé d'agir préventivement en renforçant les défenses physiologiques des arbres par l'apport d'eau et de nutriments ». Plus l'infestation est repérée tôt, plus les possibilités de préserver les arbres sont importantes. Toute suspicion doit être signalée à la Draaf, à la Fredon Paca, qui participe à la surveillance du territoire, ou à un professionnel du végétal. La préfecture recommande aux propriétaires de surveiller leurs pins : rougissement ou brunissement des aiguilles, dépérissement progressif des branches, présence de colonies de petites cochenilles brun-rougeâtre et apparition de fumagine doivent attirer l'attention.