La Cèze, rivière gardoise qui prend sa source à Saint-André-Capcèze et se jette dans le Rhône près de Laudun-l’Ardoise, subit de plein fouet le réchauffement climatique. Le syndicat AbCèze et la fédération de pêche du Gard tirent la sonnette d’alarme : la biodiversité aquatique est en danger, et les organismes cherchent des solutions pour endiguer le problème.
Des températures de l'eau en hausse record
Lors de la première période caniculaire fin juin, la température de l’eau a atteint 28 °C à Chusclan. « Quand il fait 40 °C dans l’air, par endroits, la température de l’eau peut atteindre les 30 °C à des endroits où elle n’est pas censée dépasser les 20 °C », explique Anthony Laurent, directeur adjoint du pôle technique du syndicat AbCèze. « Aujourd’hui, chez nous comme ailleurs, la tendance des températures est à la hausse. À chaque nouvelle vague de chaleurs, on atteint des nouveaux records. »
Espèces patrimoniales en souffrance
Les poissons souffrent particulièrement de cette hausse. Julie Marais, directrice adjointe à la fédération de pêche du Gard, précise : « À l’aval de la Cèze, l’espèce repère, c’est le brochet. Son optimum de température se situe entre 10 °C et 24 °C. Au-delà, le poisson va rentrer en situation de stress thermique, mettant à mal ses fonctions vitales. » En amont, c’est la truite fario qui sert d’espèce repère : elle peut mourir lorsque la température dépasse les 25 °C. Ces dernières années, la fédération a constaté une diminution de la population de truites fario dans le haut de la Cèze.
Des zones refuges inaccessibles
En situation de stress thermique, les poissons cherchent des zones refuges plus fraîches ou avec une source de nourriture plus importante. Mais ils se heurtent souvent à des barrages ou des assecs. « Si un poisson en situation de stress thermique critique ne parvient pas à rejoindre une zone refuge, il risque la mort », alerte Julie Marais. Le syndicat constate également une présence de plus en plus importante d’assecs dans la rivière ainsi qu’une augmentation de l’ampleur des assecs historiques.
Des perspectives pessimistes
« Si les températures continuent de grimper, on craint que les espèces patrimoniales ne parviennent pas à s’adapter. Pour l’instant, elles peuvent encore remonter ponctuellement vers des eaux plus fraîches, mais elles ne pourront pas le faire éternellement », reprend Anthony Laurent. Sur les trois dernières années, la fédération de pêche du Gard a constaté une hausse des températures moyennes. Les étiages, phénomènes normaux durant lesquels le débit baisse, sont eux aussi beaucoup plus importants qu’avant. « Les températures sont plus élevées qu’avant, et durent beaucoup trop longtemps. Normalement, il ne devrait y en avoir qu’au pic de la saison estivale, mais on en constate désormais de début mai à fin septembre », témoigne Julie Marais.
Des solutions fondées sur la nature
Malgré ce constat alarmant, les professionnels gardent espoir. « Toutes les solutions auxquelles on réfléchit sont fondées sur la nature », commente Anthony Laurent. « Replanter de la végétation est une solution », confirme Julie Marais : « Pour un cours d’eau, les arbres sont l’équivalent d’une clim. » Ces mesures pourraient permettre de limiter les dégâts, même si la situation risque de se détériorer dans tous les cas. « Essayer de contenir l’impact du changement climatique va constituer un énorme défi pour les années à venir, et potentiellement de grands changements dans la manière d’aborder la rivière. Toutes les prévisions pour l’avenir sont très pessimistes », conclut Anthony Laurent.



