36 °C à Nantes et 34 °C à Paris ce lundi, encore 36 °C prévus mercredi à Rouen… L’épisode exceptionnel de chaleur qui s’abat sur la France depuis ce week-end étonne tous les spécialistes, tant par son intensité que sa précocité. « Je ne pensais pas voir ça avant 2040 », se désole Serge Zaka, ingénieur agronome.
Les humains ne sont pas les seuls à en souffrir. Chez les animaux et les végétaux, cela survient au pire moment biologique, lorsque les jeunes pousses ont encore peu d’armes pour résister. Voici les impacts à craindre.
Le remplissage des épis ralentit
Ces températures élevées arrivent alors que les céréales d’hiver, comme l’orge ou le blé, remplissent leur épi. Mais au-delà de 30 degrés, ce flux de matières se réduit et le phénomène ralentit. « Ce remplissage a une durée déterminée de quelques jours seulement. Si ça s’est mal passé, il ne pourra reprendre un peu plus tard, explique Serge Zaka. C’est 1 à 2 % de rendement réduit chaque jour à plus de 35 degrés ».
Des réserves d’eau entamées
« Le vent va souffler avec des rafales entre 20 et 40 km/h et rendre l’air sec. La végétation encore en croissance maximale, combinée à des journées longues et un soleil très haut, va subir une évapotranspiration énorme, parfois comparable à celle du cœur de l’été », détaille le spécialiste. Selon lui, « les sols vont se dessécher à une vitesse spectaculaire » et cela va entamer les réserves d’eau nécessaires pour l’été, qui ne débute que dans plusieurs semaines. « S’il ne pleut pas, les maïs ou le soja n’auront plus assez d’eau. »
Les tomates et les melons en danger
Tomates, melons, courgettes et autres fruits et légumes d’été viennent tout juste d’être plantés. Les racines sont encore petites et superficielles. « Or c’est précisément dans les dix premiers centimètres de terre que l’eau s’évapore le plus vite et que la sécheresse s’installe. En quelques heures, certaines cultures peuvent littéralement brûler sous le rayonnement et l’évapotranspiration intense », poursuit Serge Zaka. Résultat, les plants vont devoir être arrosés tous les jours, ce que n’avaient pas prévu ni budgétisé les maraîchers. Si ces derniers n’y parviennent pas, les plants vont mourir.
Sous les toits, une fournaise insoutenable pour les oisillons
Les espèces d’oiseaux qui nichent sous les toits, comme le martinet, vont particulièrement souffrir de la chaleur. Sous les tuiles, la température peut monter jusqu’à 40 voire 50 °C. « Nous sommes en période de reproduction. Les oisillons qui viennent de naître risquent la déshydratation, décrit Serge Zaka. Nous avons observé, les années passées, de nombreux sauts de nids de ces petits qui tentaient d’échapper à la fournaise ». Et donc un risque plus important de mortalité.
Plus globalement, les parents vont aussi devoir arbitrer entre « risquer leur vie pour aller chercher de quoi nourrir leurs petits sous de fortes chaleurs ou laisser tomber les nids », continue le spécialiste. Car les besoins sont immenses. Chez la mésange par exemple, un poussin réclame entre trois à quatre chenilles par heure. Pour une nichée, cela peut représenter jusqu’à 300 larves de papillon quotidiennes.
Des vaches laitières plus stressées
Comme les humains, les animaux n’ont pas eu le temps de s’habituer. « Les vaches laitières notamment vont souffrir de cette soudaineté. Fin mai, les organismes vivants ne sont pas censés affronter durablement des températures dignes d’un cœur d’été caniculaire », insiste le spécialiste. Là aussi, les rendements risquent d’être réduits.
Des arbres plus solides mais fragilisés
On assiste déjà à la floraison « la plus précoce jamais observée », affirme le spécialiste. Pour autant, moins d’inquiétude que pour le reste de la nature car les arbres bénéficient de racines assez profondes. Ils peuvent ainsi puiser dans les pluies du début du mois de mai.
Des cycles biologiques désynchronisés
Cette grande variabilité des phénomènes, faite de succession de chaleurs soudaines, d’épisodes de froid marqués, de pluies intenses et parfois imprévisibles, risque de déboussoler les cycles des espèces. Certains spécialistes craignent leur désynchronisation : qu’à la faveur d’une hausse précoce de température, les animaux se réveillent, se reproduisent, alors que leur nourriture — feuilles ou insectes — n’est pas encore arrivée.
Des petits gestes qui comptent
Ceux qui ont un jardin peuvent faire un peu d’ombre en installant un parasol ou une toile entre les arbres, éviter de tondre et garder les feuilles pour que les petits animaux y trouvent refuge ou mettre à disposition de l’eau dans des coupelles en hauteur — à changer chaque jour pour éviter les pontes de moustiques-tigres.



