Lors du Blue Economy & Finance Forum (BEFF) qui s'est tenu fin mai à Monaco, une thématique a retenu l'attention des spécialistes : le rôle du secteur de l'assurance dans la préservation des océans. Loin d'être une vue de l'esprit, ce mariage entre assurance et économie bleue est déjà une réalité concrète pour plusieurs acteurs.
Assurer les récifs coralliens et les mangroves
Karen Sack, directrice exécutive de l'Ocean Risk Alliance et membre du comité d'experts du BEFF 2026, explique que le secteur de l'assurance s'est d'abord intéressé aux océans en couvrant les navires transportant des cargaisons précieuses. Aujourd'hui, avec son partenaire AXA, son organisation développe des dispositifs pour assurer les récifs coralliens et réfléchit à intégrer l'assurance aux mangroves.
« Une prime d'assurance n'augmente potentiellement pas autant si la protection est efficace. L'assurance permet de couvrir une partie du risque financier et de fournir des garanties derrière certaines des plus grandes transactions financières, comme les obligations bleues », détaille-t-elle. L'objectif est de rassurer les investisseurs et de permettre aux plus fragiles de naviguer dans cet écosystème.
Protéger les moyens de subsistance des petits pêcheurs
Karen Sack ajoute que son organisation réfléchit actuellement à développer une assurance sur les moyens de subsistance pour les petits pêcheurs à travers le monde. « Ils dépendent des fonds marins et n'ont souvent pas la protection nécessaire pour s'en sortir », souligne-t-elle.
Pascal Lamy, vice-président du BEFF et ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, va plus loin. Selon lui, « le premier secteur qui s'est intéressé à l'économie bleue, c'est l'assurance. Avant même la banque. »
Un deal gagnant-gagnant pour les zones côtières
Pascal Lamy illustre concrètement comment l'assurance peut contribuer à la protection des fonds marins : « Quand vous avez des propriétés ou activités en zone côtière, elles sont menacées par la montée des eaux. Dans ces territoires-là, les primes d'assurance augmentent, quand les assureurs acceptent encore d'assurer. Car le risque est plus grand. C'est là qu'on va rentrer dans un deal. Les assureurs doivent dire aux autorités publiques : "faites ce qu'il faut pour protéger votre côte et en contrepartie, je baisse mes prix". Les États vont investir, cela va dégager des externalités positives, les acteurs privés voient leur prime d'assurance baisser… Tout le monde est gagnant. C'est un exemple concret de transaction d'économie bleue. »
Un marché de 7 milliards d'euros en 2024
S'il n'existe pas encore de chiffres officiels concernant le montant que représente le secteur de l'assurance appliqué à l'économie bleue, une étude du Swiss Re Institute estime qu'il représentait près de 7 milliards d'euros à l'échelle mondiale en 2024. Une manne financière importante pour décarboner les activités maritimes et soutenir la croissance de l'économie bleue.



