L'Amou-Daria en crise : menace sur la sécurité alimentaire en Ouzbékistan
Amou-Daria : menace sur la sécurité alimentaire en Ouzbékistan

Le débit de l'Amou-Daria, le plus grand fleuve d'Asie centrale, a diminué de 15 % au cours des vingt dernières années, mettant en péril la production agricole de l'Ouzbékistan, selon un rapport publié par l'Institut international de gestion de l'eau (IWMI). Cette baisse, combinée à une demande croissante en eau pour l'irrigation du coton et du blé, compromet directement la sécurité alimentaire du pays, qui dépend à 90 % de l'agriculture irriguée.

Un fleuve vital sous pression

L'Amou-Daria prend sa source dans les montagnes du Pamir, au Tadjikistan, et traverse le Turkménistan et l'Ouzbékistan avant de se jeter dans la mer d'Aral. Il fournit environ 80 % de l'eau douce utilisée pour l'agriculture en Ouzbékistan, où plus de 60 % de la population vit en zone rurale et dépend de l'agriculture pour sa subsistance.

Selon le rapport, la réduction du débit est principalement due au changement climatique, qui a entraîné une diminution des précipitations et une fonte accélérée des glaciers du Pamir. Les autorités ouzbèkes ont déjà signalé des pénuries d'eau dans plusieurs régions, notamment dans la province de Karakalpakstan, où les cultures de coton ont chuté de 20 % en 2025.

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Des conséquences économiques et sociales

La baisse de la production agricole a des répercussions directes sur l'économie ouzbèke, où l'agriculture représente environ 25 % du PIB et emploie près de 30 % de la main-d'œuvre active. Le rapport estime que si la tendance se poursuit, la production de coton pourrait diminuer de 30 % d'ici 2030, entraînant une perte de revenus de plusieurs milliards de dollars pour le pays.

« La situation est critique. Nous devons agir rapidement pour moderniser nos systèmes d'irrigation et diversifier nos cultures », a déclaré à l'AFP le ministre ouzbek de l'Agriculture, Aziz Voitov. Il a également souligné la nécessité de renforcer la coopération régionale avec le Tadjikistan et le Turkménistan pour une gestion plus durable des ressources en eau partagées.

Vers une coopération régionale renforcée

Le rapport de l'IWMI recommande plusieurs mesures, notamment l'adoption de techniques d'irrigation plus économes en eau, comme le goutte-à-goutte, et la réhabilitation des canaux d'irrigation existants, dont l'efficacité est estimée à seulement 60 %. Il préconise également de développer des cultures moins gourmandes en eau, comme le sorgho ou le millet, afin de réduire la pression sur le fleuve.

Les autorités ouzbèkes ont déjà engagé des discussions avec leurs voisins pour élaborer un plan d'action conjoint. Une réunion régionale est prévue en octobre 2026 à Tachkent, avec la participation d'experts internationaux, pour définir les priorités d'investissement et les modalités de mise en œuvre de ces mesures.

En attendant, la population locale subit déjà les conséquences de cette pénurie. Dans le village de Nukus, les agriculteurs ont dû réduire leurs surfaces cultivées de 40 % cette année, faute d'eau suffisante. Selon le rapport, si aucune mesure n'est prise, la sécurité alimentaire de l'Ouzbékistan pourrait être gravement compromise dès 2035, avec des risques de pénuries alimentaires et de hausse des prix.

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