Violette Diet : l'éclairage scientifique sur la nutrition dans le brouillard des réseaux
Comment rééquilibrer ses hormones par l'alimentation ? Boire du café à jeun est-il réellement dangereux ? Le sucre présente-t-il une addiction supérieure à la cocaïne ? Faut-il bannir la viande rouge ? Le jeûne intermittent est-il bénéfique ? Le lait de soja constitue-t-il un risque ? Les produits transformés sont-ils intrinsèquement néfastes ? Sur ses plateformes sociales, Violette Diet mène l'investigation. Études scientifiques en main, graphiques à l'appui et divers produits alimentaires en support, Violette Babocsay, de son vrai nom, analyse, décrypte et explique la science de la nutrition à ses près de 400 000 abonnés Instagram, 152 000 sur TikTok et désormais aux plus de 25 000 lecteurs de sa newsletter.
Le pari audacieux de la longue durée face aux algorithmes
La clé de ce succès retentissant ? Une approche résolument non culpabilisante fondée sur une vulgarisation accessible. Pourtant, rien n'était acquis d'avance, comme elle l'affirme lors d'un entretien en visioconférence depuis son bureau près d'Aix-en-Provence. À 28 ans, cette diététicienne raconte avoir pris « un véritable pari » en publiant ses premières vidéos sur Instagram, à une époque où les créateurs étaient exhortés à produire des formats courts sous peine d'être pénalisés par les algorithmes et ignorés par un public supposé réfractaire aux études complexes.
Elle ose pourtant publier un premier format de trois minutes consacré à une étude scientifique. « C'est celui qui a le mieux marché », confie-t-elle aujourd'hui, l'un des premiers à cumuler plusieurs millions de vues. Cette expérience démontre, selon elle, que « c'est faux de dire que les gens ne veulent pas s'embarrasser des études : ça les intéresse énormément ».
Un parcours atypique : du droit fiscal à la diététique
Désormais créatrice de contenus à plein temps après avoir abandonné ses dernières consultations, Violette Babocsay s'est formée à la diététique via un BTS, suite à un master en droit fiscal. Elle se remémore avoir été une « enfant très difficile à table, qui ne mangeait qu'un panel d'aliments très réduit, à base de pâtes au beurre et de nuggets ». Ce n'est qu'à l'adolescence que la tendance s'inverse : « J'ai commencé à me pencher sur l'univers du “healthy”, comme un loisir, puis j'ai suivi des diététiciennes, je me suis intéressée à cet univers plus en profondeur. »
En pleine pandémie de Covid-19, elle lance son compte Instagram : « Au départ, j'ai lancé mes réseaux sociaux sur le modèle des influenceuses fitness. Les recettes, conseils et explications sont venus petit à petit. Et c'est quand je me suis intéressée davantage à l'aspect scientifique que mon compte a pris de l'ampleur. » Aujourd'hui, elle avoue avoir « beaucoup de mal à trouver un équilibre entre vie pro et vie perso » et travailler parfois jusqu'à deux ou trois heures du matin.
L'evidence-based nutrition comme rempart contre la désinformation
Collaborant occasionnellement avec son partenaire Ghaïs Guelaïa, créateur de contenus sportifs et alimentaires, Violette Babocsay fonde son approche sur l'evidence-based nutrition, une pratique qui s'appuie exclusivement sur des données scientifiques probantes. Cette rigueur est essentielle pour naviguer dans la cacophonie d'informations contradictoires qui circulent sur les réseaux sociaux et dans certains discours professionnels.
La lutte contre la désinformation est permanente. « On m'accuse d'être une agente infiltrée à la solde des industriels », révèle-t-elle, évoquant les théories du complot qui la qualifient de « diététicienne payée par les lobbies » ou de « corrompue ». Pour prévenir ces accusations, elle retire même les étiquettes des aliments présentés dans ses vidéos. Afin de renforcer son indépendance, elle a décidé cette année de ne plus accepter de partenariats rémunérés, s'appuyant sur une newsletter partiellement payante.
Le harcèlement en ligne et la misogynie ordinaire
Comme de nombreuses créatrices de contenus, elle a été confrontée à la haine en ligne. « Être une femme sur les réseaux sociaux, c'est se faire insulter et rabaisser en permanence », déplore-t-elle. Critiquée pour son apparence, sa tenue rose ou accusée de s'habiller pour générer des vues, elle subit aussi des remarques décrédibilisantes : « Tous les jours, au moins un homme non diplômé fait un collage avec une de mes vidéos et explique à quel point j'ai mal compris la science ».
Elle souligne que la nutrition est un sujet « très émotionnel » lié à des enjeux politiques et idéologiques. Elle appelle à une intervention politique pour encadrer le harcèlement en ligne et les discours sur l'alimentation, critiquant les plateformes qui privilégient les contenus sensationnels basés sur la peur.
Vision d'avenir : entre optimisme et vigilance
Interrogée sur son avenir, Violette Babocsay imagine rester indépendante dans un métier créatif lié à la pédagogie. Concernant la vulgarisation scientifique en ligne dans dix ans, elle oscille entre optimisme et inquiétude : « Si je suis optimiste, je me dis que le gouvernement aura pris la mesure du problème et encadré les discours sur la santé en ligne. Si je ne le suis pas, on peut s'imaginer que la science aura perdu en popularité au profit de l'obscurantisme. »
Ce qui la rend optimiste ? « L'engagement et l'implication des professionnels, leur mobilisation » ainsi que « l'intérêt du public pour la science, et sa capacité à changer d'avis ». Sa vision du futur se résume par l'adage : « Après la pluie vient le beau temps », symbolisant l'espoir d'une amélioration malgré un présent parfois sombre.



