À Toulon, la collecte des vêtements usagés est suspendue jusqu'à nouvel ordre. Les 67 conteneurs de tri pour le textile, installés depuis 2021, sont pleins ou hors service. L'entreprise Magreg (connue sous l'enseigne L'Entrepôt des Textiles / Éco-linge), chargée de la collecte et du recyclage, refuse de les vider, malgré la pression des pouvoirs publics. La crise du secteur du traitement des déchets textiles, qualifiée d'« internationale » par les responsables locaux, est à l'origine de cette situation.
Des conteneurs pleins et hors service
Du Pont-du-Las au Mourillon, les bacs verts à textile ne sont plus en capacité de satisfaire les besoins des usagers. Depuis quelques semaines, ces gros bacs ne remplissent plus leur office dans la capitale du Var. D'abord entourés de film plastique au début de l'été, les points d'apport volontaire sont désormais pleins à ras bord et, pour certains d'entre eux, marqués comme « hors service ». Impossible d'y déposer le moindre vêtement en quête d'une seconde vie.
Le Sittomat, l'établissement public chargé de la gestion des déchets dans l'aire toulonnaise, plaide non coupable. « L'entreprise Magreg à qui nous avons confié la collecte, nous a dit qu'elle n'y arrivait plus financièrement », explique Gilles Vincent, vice-président de la métropole TPM et président du Sittomat. « Comme ils ne respectent plus le contrat, nous allons saisir les conteneurs et trouver une autre société pour se charger du réemploi et du recyclage. »
Une crise internationale du textile
Toujours d'après Gilles Vincent, « la crise du secteur du traitement des déchets textiles est internationale » et sans doute pas près d'être résolue. « Toute une économie est bouleversée. Les prix de revente des textiles d'occasion se sont effondrés, tandis que les volumes ont bondi. Une situation liée à l'arrivée sur le marché du neuf de pièces très peu chères et de piètre qualité, en provenance de Shein ou de Temu. »
Reposant majoritairement sur l'export de ces déchets, le système est enrayé. Certains pays d'Afrique, comme le Ghana, croulent sous les habits en lambeaux venus d'Europe, d'Amérique ou de Chine, provoquant une effrayante pollution. De plus, les opérateurs traditionnels de la collecte, qui tirent une partie de leurs revenus de la revente des vêtements en bon état, en récupèrent de moins en moins. Une partie est aujourd'hui captée par les plateformes de seconde main comme Vinted, ou directement par les marques.
Refashion dans le viseur
En France, l'éco-organisme Refashion, mandaté par l'État pour piloter la valorisation des déchets textiles, est aussi la cible de nombreuses critiques. Certains acteurs de la filière, comme l'entreprise coopérative Le Relais, en grève l'an dernier, l'accusent de ne pas aider leur mission de tri à hauteur des besoins financiers, malgré la contribution (« responsabilité élargie du producteur ») versée par les marques pour chaque produit vendu. Ils demandent à Refashion de revoir à la hausse son soutien financier. Des centaines d'emplois seraient menacés.
Gilles Vincent soupire : « Le pire, c'est qu'en cette période difficile, l'État se place du côté des industriels et ne joue pas plus le jeu en refusant d'apporter un appui plus conséquent. Une chose est sûre, ce n'est pas aux collectivités de payer ». Le maire de Saint-Mandrier annonce que le conflit avec la société Magreg devrait ainsi se régler au tribunal administratif.
Où déposer ses vêtements ?
Reste une question plus pragmatique pour les Toulonnais : où, désormais, déposer ses vêtements en bon état ? Certaines associations ou friperies continuent de proposer leurs services. Mais le Sittomat n'est pas en reste. « On a veillé à ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier : dans les autres communes de l'aire toulonnaise, beaucoup de conteneurs sont encore utilisables », assure Gilles Vincent. « Nous allons aussi installer une borne à la déchetterie de Lagoubran. Mais dans tous les cas, le retour à ce qui se faisait avant n'est pas pour demain. »
Faute de solution de collecte, les fripes qui finiront à la poubelle prendront, elles, la direction de l'incinérateur. L'entreprise Magreg, contactée, n'a pas souhaité répondre aux sollicitations.



