Un pesticide, qu'est-ce que c'est ?
Un pesticide est une substance utilisée pour contrôler ou tuer des organismes considérés comme nuisibles, que ce soit dans l'agriculture, la protection du bois, les transports ou la lutte contre les moustiques. Cependant, ces produits peuvent également affecter des organismes non ciblés, comme les abeilles ou les humains, en raison de mécanismes de toxicité communs.
Comment un pesticide est-il autorisé aujourd'hui ?
Dans le langage réglementaire, les pesticides sont appelés produits phytopharmaceutiques. L'Europe a commencé à harmoniser leur régulation en 1978 avec une liste de produits interdits. En 1991, un changement majeur a eu lieu avec l'établissement d'une liste positive, obligeant les industriels à prouver l'innocuité de leurs produits avant leur mise sur le marché. Aujourd'hui, le règlement européen (CE) n° 1107/2009 régit cette procédure. L'EFSA évalue les tests fournis par les industriels, puis la Commission européenne approuve ou non la substance. En France, l'Anses autorise les produits commerciaux et définit leurs conditions d'usage.
Une évaluation nécessaire mais incomplète
L'évaluation a priori permet d'éviter la mise sur le marché de pesticides très nocifs, mais elle ne teste pas les conditions réelles d'exposition. Par exemple, des études récentes montrent que la moitié des enfants français de 3,5 ans ont été exposés à plus de 68 pesticides différents en quelques mois. Or, il n'existe pas de tests réglementaires pour évaluer les risques de ces expositions multiples et répétées. De plus, la présence de pesticides dans des zones éloignées, comme le pôle Nord, révèle une persistance atmosphérique non anticipée.
Un système peu réactif face aux nouvelles connaissances
Le mode d'évaluation actuel est lent à s'adapter. Par exemple, il a fallu plus de dix ans à l'EFSA pour publier un guide d'évaluation des risques pour les abeilles en 2023, et celui-ci n'est toujours pas appliqué. Par ailleurs, il est plus facile pour les autorités d'invalider des données scientifiques non conformes au cadre réglementaire que de remettre en question l'ensemble du processus.
Des contaminations environnementales préoccupantes
Une fois les pesticides sur le marché, des études de surveillance montrent une contamination généralisée de l'environnement, dans les eaux, les sols et l'air. Ces données, souvent issues d'initiatives associatives et académiques, confirment des risques pour la santé humaine, notamment pour les utilisateurs et les enfants, ainsi que pour la biodiversité.
La phytopharmacovigilance, un système à consolider
La France dispose d'un système de phytopharmacovigilance (PPV) unique en Europe, piloté par l'Anses, qui identifie les effets indésirables après la mise sur le marché. Ce dispositif a permis des actions comme l'interdiction du prosulfocarbe à proximité de cultures sensibles. Cependant, il ne prend pas en compte la contamination généralisée ou l'exposition aux mélanges de pesticides. Par exemple, la présence d'insecticides pyréthrinoïdes dans les urines de la population française depuis plus de dix ans n'a pas été considérée comme un signal d'alarme.
Une banalisation inquiétante
La banalisation des contaminations environnementales et des expositions humaines est préoccupante. Simplifier les procédures d'évaluation irait à contresens des besoins. Au contraire, il est nécessaire de faire évoluer ces systèmes d'évaluation a priori et a posteriori à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques et des pratiques agricoles, pour préserver la santé de tous.
Cet article a été rédigé avec la contribution de Brice Appenzeller (Luxembourg Institute of Health), Carole Bedos (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech) et Rémi Béranger (UMR1085 Inserm, Université Rennes).



