À l'Ehpad La Pierre de la Fée à Draguignan, des séances de musicothérapie, organisées deux fois par mois, apaisent et stimulent la mémoire des résidents de l'Unité de Vie Protégée (UVP). Ces ateliers, animés par Dominique, musicothérapeute depuis dix ans, transforment la musique en un outil de partage et de lien social, comme en témoigne la séance observée par Nice Matin.
La musique comme outil de stimulation cognitive et émotionnelle
Dans la salle commune de l'UVP, dix résidents, âgés de 70 à 97 ans, sont réunis en cercle autour de Dominique. « L'idée, c'est de se servir de tout ce qui constitue la musique : la mélodie, le rythme, les paroles, pour stimuler le cerveau et remettre en mouvement le champ émotionnel », explique-t-il. Dès les premières notes, les sourires illuminent les visages, et les résidents, comme Florence, se laissent emporter par les chansons, frappant des mains et chantant à pleins poumons.
L'UVP accueille des résidents atteints de troubles cognitifs sévères. « L'unité est fermée par un digicode, le jardin est adapté : ce sont des personnes très désorientées, qui peuvent marcher des kilomètres dans une journée parce qu'elles ne ressentent pas la fatigue ou du moins, elles ne l'expriment pas comme nous », détaille Amélie, psychologue de l'établissement. « Notre objectif, ici, c'est de leur créer un cocon apaisant. » La musicothérapie répond à cet enjeu en apportant du calme à une anxiété diffuse que les résidents ne savent plus nommer.
Quand les mots se perdent, les paroles restent
Florence, qui a chanté toute sa vie, se souvient avec émotion : « C'est mon papa qui chantait ça ! », s'exclame-t-elle en entendant une chanson de Michel Delpech. Un autre résident, monsieur Lefèvre, impressionne par sa mémoire musicale. « Monsieur Lefèvre est à un stade assez avancé de la maladie. Il lui arrive très souvent de ne plus trouver ses mots, mais quand il chante, il se souvient de toutes les paroles. C'est assez bluffant », glisse la psychologue.
L'environnement de la salle a été pensé pour apaiser : murs repeints dans des tons neutres, faux plafond végétal, et les aides-soignantes multiplient le contact physique pour rassurer les résidents. « On multiplie le contact physique avec eux, pour les rassurer, leur donner un sentiment de familiarité », précise Amélie.
Travailler la mémoire en douceur, sans jamais mettre en difficulté
Les séances, qui durent une heure, permettent de travailler la mémoire autobiographique. « Ça permet aussi de travailler la mémoire en douceur, de réveiller la mémoire autobiographique », complète la psychologue. « Mais on reste toujours léger : on ne doit jamais les mettre en difficulté, ni les confronter à l'échec. »
Dominique, qui se déplace deux fois par mois, constate l'effet bénéfique de la musique : « Quand j'arrive, certains me reconnaissent et m'appellent par mon prénom, alors qu'ils ne se souviennent même plus du leur. La musique a un effet presque magique », confie-t-il. À la fin de la séance, Florence, qui avait annoncé ne pas vouloir chanter, a finalement participé avec enthousiasme. « Ça vous a plu, ce moment de musique ? » « Oh oui, beaucoup ! », répond-elle sans hésiter.



