Face à la montée de l'intelligence artificielle dans le tourisme, les guides touristiques niçois résistent en misant sur leur authenticité, leur expertise de terrain et une interaction réelle avec le public. Selon trois professionnels interrogés, aucune application ne remplacera l'humain, même si l'IA les pousse à se réinventer avec davantage de créativité pour un tourisme plus haut de gamme.
Une mutation du tourisme face à l'automatisation
Le tourisme est en pleine mutation à cause de l'automatisation de la création de contenus. Les guides doivent rester authentiques et affirmer leur expertise pour se démarquer. Monique Amey, ex-responsable de la promotion et de l'accueil à l'Office du tourisme et des congrès de Nice, rassure : « Même si avec l'IA, un guide touristique devrait se réinventer avec davantage de créativité pour un tourisme plus haut de gamme, l'IA ne fera jamais vivre une destination qui est tout un art. »
Pour cette experte, il existe une différence fondamentale entre le tourisme de masse, qui utilisera l'IA pour obtenir un parcours, et le tourisme haut de gamme, qui consultera l'IA à titre informatif mais recherchera des séjours personnalisés, du cousu main, des anecdotes et une part d'émotion dans la découverte. « Là, il y a un vrai travail de fond consistant à décrypter la ville en amont, explique-t-elle. C'est le cas des “working tours”, où on fait tester par exemple la vieille ville autour de la gastronomie, de l'histoire, où on fait vivre l'endroit. Cela, l'IA ne le fait pas. Il faut en outre faire attention aux fausses informations qu'elle délivre. »
L'IA, un outil mais pas un remplaçant
Tom Obry, chroniqueur de la Nissardité et ancien guide pendant trois ans, ne craint pas la concurrence de l'IA. Ce Niçois de 26 ans, titulaire d'un Master 2 de recherche en histoire, a lancé en 2020 un compte sur les réseaux sociaux pour apprendre l'histoire de Nice, ce qui lui a valu d'être sollicité par la radio Ici Azur pour animer des chroniques historiques et patrimoniales. « Rejeter l'IA va à contresens de l'évolution, car elle va s'imposer dans nos vies, affirme-t-il. La vraie question est de savoir comment l'utiliser. Pour le métier de guide touristique, l'IA fait gagner un temps fou pour les tâches répétitives, mais il lui manque encore de la matière pour raconter l'histoire locale. »
Tom Obry reste universitaire et vérifie ses recherches dans les livres et les archives : « Je croise mes recherches avec mes livres, les archives, car je vois que l'IA a parfois tort lorsque je pose une question. » Il considère l'IA comme un outil, à l'instar d'Internet, qui doit rester à sa place. « Je ne crains pas sa concurrence dans mon métier, ajoute-t-il. Le guide humain va adapter son discours à la personne qu'il a en face. Avec lui, il y a une créativité, une spontanéité, une incarnation, que l'IA ne remplacera jamais. Un bon guide continuera de passionner les gens. L'IA peut faire le travail d'assistant, mais laisse la matière grise à celle ou celui détenant le pouvoir de réflexion. »
Une théâtralité vivante que l'IA ne peut offrir
Maxime Farsetti, guide professionnel niçois de 32 ans, propose des visites du Vieux-Nice pour la plateforme Epok’Tour, où il incarne l'ancien bourreau de la ville. Il ressuscite l'exécuteur des hautes œuvres avec une immersion vivante, et propose également des visites sur le cabanon de Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin ou la villa Kérylos à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Selon lui, l'IA ne peut pas se déguiser en bourreau : « Des visiteurs ont pris des photos montrant Nice d’antan grâce à l’IA. D’après les retours que j’ai eus, cela n’a pas la même valeur qu’avec quelqu’un. Il n’y a pas de confort du récit, et on amène les gens dans un monde qui n’existe plus. »
Maxime Farsetti souligne que les guides doivent trouver des biais pour combler des vides, chose que l'IA ne sait pas faire. « Moi, j’amène des livrets de gravures place du Palais de Justice et cela favorise une interactivité avec les visites. Sur l’IA, il n’y aura pas les mêmes explications, les mêmes petits détails. » Il note que même les audioguides ne sont pas parfaits, car ils utilisent des voix de l'IA plutôt que des doubleurs, et que le rendu est différent. « L’IA peut mettre en scène un personnage déguisé, mais c’est de l’à-peu-près », conclut-il. En somme, rien ne vaut la vérification des sources sur les livres, la visite avec un être de chair, de sang et de sens, et sa part d'improvisation : « On raconte, on crée un bon moment. On est là pour que les visiteurs réagissent. Le guide alimente l’imagination personnelle et met en scène une théâtralité vivante. »



