La huitième édition du Concours International de Roses Nouvelles de Monaco s'est tenue jeudi 30 avril à la Roseraie Princesse Grace. Au total, 70 variétés issues de seize obtenteurs de huit pays ont été soumises au verdict d'un jury international d'experts. Mais aussi, à partir du 6 mai, au vote du grand public. Deux visions de la beauté qui ne sont pas toujours d'accord.
Un jury d'experts et de néophytes
Entre les massifs de la Roseraie Princesse Grace, jeudi 30 avril, les jurés avançaient lentement. Ils s'arrêtaient, revenaient sur leurs pas, penchaient la tête vers une fleur, s'en éloignaient. La question qu'ils avaient à trancher est simple : quelle est la plus belle rose ? À Monaco, tous les deux ans, une dizaine d'experts internationaux tentent d'y répondre avec une grille de notation. Et à partir du 6 mai, le public s'y collera à son tour.
Jean-Pierre Lelièvre, président du jury et responsable de la roseraie de Bagatelle pour la ville de Paris, a posé la question plus simplement : « La question qu'il faut se poser c'est : est-ce que j'aimerais planter ce rosier dans mon jardin ? Si c'est oui, vous donnez une bonne note. » Derrière cette logique simple se cache pourtant un système de notation rigoureux, établi par la Fédération internationale des roses, qui reconnaît officiellement le concours monégasque.
Chaque variété a été évaluée sur 100 points : forme de la fleur à tous ses stades, du bouton à la fleur vieillie, qualité du feuillage, homogénéité entre les différents pieds d'une même variété, résistance aux maladies et parfum. Ce dernier critère a mobilisé une experte particulière : un nez dont la mission est d'identifier les différentes odeurs dans une composition mais aussi de rechercher de nouvelles odeurs et de nouvelles harmonies.
Anesia Dican, parfumeuse chez Galimard, la maison de parfumerie grassoise, participait pour la première fois au jury. Pour elle, la rose développe des touches de miel, légèrement épicées et sucrées, proche du géraniol ou du citronellol que l'on retrouve dans presque tous les végétaux. Pour sentir au mieux toutes ces subtilités, l'idéal est de le faire « plutôt le matin, c'est le moment où l'odeur est la plus forte », conseille-t-elle. « Il faut d'abord la respirer, puis s'en éloigner aussitôt pour en garder la trace. »
Mais le jury n'est pas composé que de professionnels. Jean-Jacques Pinotti, co-organisateur du concours et chef de section à la Direction de l'aménagement urbain de Monaco, a tenu à y inclure des profils moins spécialisés. « Nous avons souhaité avoir des personnes néophytes dans le monde du rosier, qui puissent simplement faire parler leurs émotions. La surprise, la beauté, l'odeur qui parlent. C'est ça qui fait que les notes sont données. »
Un format unique en pot
Ce concours a une particularité qui le distingue dans le calendrier international. Là où Barcelone, Paris ou Baden-Baden jugent des plantations en pleine terre sur plusieurs saisons, Monaco évalue ses roses en une seule journée, en pot. Un format qui répond à une réalité architecturale bien précise. « Les gens n'ont pas forcément de jardin, mais ont souvent un balcon ou une terrasse », résume Jean-Pierre Lelièvre. Cette singularité a fini par attirer les meilleurs créateurs du monde.
Cette année, seize obtenteurs représentant huit pays (France, Allemagne, Pologne, Japon, États-Unis, Italie, Danemark et Belgique) ont soumis 70 nouvelles variétés réparties en quatre catégories : hybrides de thé, fleurs multiples, couvre-sol et miniatures.
Le changement climatique perturbe la floraison
Le changement climatique s'est lui aussi invité dans la compétition. Un épisode de forte chaleur survenu huit à dix jours avant le concours a provoqué une floraison prématurée. Certains rosiers ont dû être retirés du jugement, leurs boutons épuisés avant l'heure. « Nous avons programmé avec des techniques culturelles pour arriver dans les meilleures conditions, et nous avons eu huit jours d'avance », regrette Jean-Jacques Pinotti. Un phénomène qui se répète sur l'ensemble des concours européens, où les floraisons sont de plus en plus précoces.
Les lauréats
Au terme des délibérations, le Trophée Piaget Rose a récompensé le rosier couvre-sol Simsalabim® KORnekcraz. Une variété aux fleurs aux couleurs vives portées en ombrelles denses, sur un feuillage brillant réputé pour sa résistance totale aux maladies fongiques, et dont la floraison ne s'arrête pas. La Coupe du Parfum, offerte par la Mairie de Monaco, est revenue au Perugino® Oralipar, hybride de thé. Le Coup de cœur des Amis de la Roseraie Princesse Grace a distingué le Meiconfiz, variété à fleurs multiples.
Reste maintenant à connaître l'avis du public. Le vote est ouvert jusqu'au 15 juin, sur le site des Amis de la Roseraie. Une vente caritative des rosiers participants se tiendra le mercredi 27 mai, de 10 heures à 16 heures à la Roseraie, au bénéfice de l'association Be Safe.



