Colonies de vacances : une institution française en déclin
Colonies de vacances : une institution française en déclin

Les colonies de vacances, institution française née dans les années 1880, sont en déclin. Hausse des tarifs, baisse des aides publiques, essor des pratiques individuelles : de moins en moins d'enfants partent chaque année. Pourtant, parce qu'elles restent un rare lieu où l'on apprend le vivre-ensemble, elles suscitent un nouvel intérêt politique.

La vente de la villa Eole à Carolles, symbole d'une tendance

La mise en vente de la villa Eole, à Carolles (Manche), a provoqué une vive émotion. Juchée sur une falaise avec vue sur la baie du Mont-Saint-Michel, cette bâtisse appartient depuis 1959 à la commune de Mainvilliers (Eure-et-Loir), 11 000 habitants. Acquise pendant les Trente Glorieuses pour envoyer les enfants en colonie, elle accueille encore près de 1 500 enfants par an, venus de Clermont-Ferrand ou Lille, pour des colonies de vacances ou des classes de découverte.

Estimée à 1,3 million d'euros, sa vente sans débat public a suscité colère et nostalgie. Courant juin, 2 600 personnes ont signé une pétition pour qu'elle ne soit pas cédée à un privé. Marc Lesage, initiateur de la pétition, y a découvert la mer avant de faire de l'éducation populaire son métier : « C'est un lieu qui marque », témoigne-t-il.

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Un coût d'entretien croissant

Entretenir un tel lieu présente un coût « toujours plus important », souligne le maire de Mainvilliers dans un courrier. La commune peine à maintenir ce patrimoine face à des contraintes budgétaires. Cette situation illustre un phénomène plus large : selon l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT), le nombre d'enfants partant en colonie de vacances a chuté de 30 % entre 2000 et 2020.

« On connaît une désertion de la classe moyenne », explique Jean-Michel Bocquet, président de la Ligue de l'enseignement. « Les tarifs ont augmenté, les aides publiques ont baissé, et les familles se tournent vers des pratiques individuelles comme les séjours sportifs ou linguistiques. »

Un renouveau politique pour le vivre-ensemble

Malgré ce déclin, les colonies de vacances suscitent un regain d'intérêt politique. Plusieurs élus locaux et nationaux plaident pour leur retour, les considérant comme un outil de mixité sociale et d'apprentissage du vivre-ensemble. En 2025, le gouvernement a lancé un plan de relance doté de 50 millions d'euros pour soutenir les départs en colonie, visant notamment les enfants des quartiers prioritaires et des zones rurales.

« Dans cette société individualiste, où l'on se replie sur soi-même, il faut à tout prix maintenir ces espaces de mixité et de vivre-ensemble », soutient Marc Lesage. Un avis partagé par la secrétaire d'État à l'Éducation populaire, qui a déclaré : « Les colonies de vacances sont un laboratoire de la citoyenneté. Nous devons les préserver et les développer. »

Des défis structurels à relever

Pour inverser la tendance, plusieurs pistes sont évoquées : augmentation des aides financières aux familles, formation des animateurs, rénovation des centres de vacances vieillissants. L'UNAT estime que 40 % des centres ont besoin de travaux urgents. Sans investissement, le déclin pourrait s'accélérer, menaçant une tradition française unique.

À Mainvilliers, la pétition a au moins permis de suspendre la vente de la villa Eole. Une réunion publique est prévue en septembre pour décider de son avenir. Un espoir pour ceux qui, comme Marc Lesage, croient encore à la magie des colonies.

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