Comment le cinéma apprend à réutiliser : des décors de « Marie-Antoinette » aux costumes de « Chien 51 »
Derrière son légendaire glamour, l’industrie audiovisuelle française génère chaque année des centaines de tonnes de déchets. Un chiffre alarmant qui pousse institutions et particuliers à offrir des alternatives de réemploi aux productions.
Une grande colonne rapportée du tournage du dernier « Astérix et Obélix ». Un projecteur issu du film « Eiffel » récupéré, repeint et réutilisé par la production de la série « Lupin ». Les boiseries dorées de l’appartement de la reine provenant directement de la série « Marie-Antoinette », qui côtoient le mobilier d’« Emily in Paris »… À Montreuil, chaque recoin de la Ressourcerie du Cinéma cache un trésor. Ici, du matériel de police, des menottes et un kit d’empreintes digitales. Là, des couvertures utilisées dans la série « Les Nourrices » de France 2. Plus loin encore, des malles, de grands rochers de polystyrène, une collection de téléphones de toutes époques, des dizaines de boutons de sonnettes ou une baignoire à pieds de lion.
Ces quelque 3 000 objets insolites ont échappé de justesse à la benne à ordure pour finir dans les allées du hangar 1 300 m² de la Ressourcerie du cinéma. Car derrière la caméra et les paillettes, le septième art cache une arrière-boutique relativement polluante. Selon Ecoprod, une association rassemblant des professionnels du secteur, l’industrie audiovisuelle française produit chaque année des centaines de tonnes de déchets, allant des décors en contreplaqué aux costumes en passant par le matériel électrique.
Face à ce constat, la Ressourcerie du Cinéma, créée en 2021, propose une alternative concrète : collecter, stocker et louer à bas coût ces éléments auprès des productions. Les bénéfices sont multiples : réduction des déchets, économies pour les tournages, et préservation d’un patrimoine artisanal. Les tarifs de location sont modiques, de 5 à 50 euros par objet, ce qui permet aux petites productions d’accéder à des décors de qualité.
L’initiative séduit de plus en plus. Des grandes productions comme « Lupin » ou « Emily in Paris » ont déjà fait appel à ses services. La Ressourcerie travaille également avec des collectivités locales et des écoles de cinéma. Son objectif : étendre son modèle à d’autres régions et créer un réseau national de réemploi. « Nous voulons montrer que le cinéma peut être à la fois créatif et respectueux de l’environnement », explique sa fondatrice.
Au-delà de l’aspect écologique, c’est une véritable économie circulaire qui se met en place. Les objets retrouvent une seconde vie, parfois après une petite réparation ou une peinture. Les artisans du cinéma, menuisiers, peintres ou accessoiristes, voient leur travail valorisé. Et les spectateurs, sans le savoir, profitent de décors chargés d’histoire.
Alors que la loi Climat et Résilience impose une réduction des déchets, le secteur audiovisuel cherche à s’adapter. La Ressourcerie du Cinéma est un exemple parmi d’autres : des plateformes en ligne de revente de costumes, des ateliers de recyclage de décors, ou encore des partenariats avec des associations caritatives. L’avenir du cinéma passe peut-être par cette prise de conscience écologique.



