Biohacking : les secrets pour vivre jusqu'à 120 ans en bonne santé
Biohacking : vivre jusqu'à 120 ans en bonne santé

En France, de plus en plus de cliniques privées proposent désormais des séances de sport augmenté de techniques qui tentent d'allonger l'espérance de vie en bonne santé. C'est depuis une chambre d'hôtel à Shanghai, en Chine, qu'Adam nous répond en visio. Depuis quelques semaines, il a entrepris un tour de l'Asie un peu particulier : il visite les cliniques de longévité dernier cri et y teste tout ce que la tech a mis au point de plus pointu pour augmenter notre espérance de vie. Adam est « biohacker » : il tente de « pirater » son corps pour vivre le plus longtemps possible en bonne santé. « Et ici, en Chine, il y a de très belles promesses », sourit-il.

Un parcours initiatique

Son « périple » commence il y a cinq ans. Alors âgé de 24 ans, il souffre de pertes de mémoire soudaines et sévères. Jusqu'à en oublier son prénom : « J'avais des migraines, des crises d'angoisse, des douleurs au dos et le cerveau d'une personne de 80 ans », se souvient-il. Le Français est alors installé en Amérique Latine et erre de médecins en spécialistes. C'est finalement dans une clinique aux États-Unis, un an et demi plus tard, qu'on lui découvre un problème à la veine jugulaire — « On m'a expliqué que c'était lié avec de mauvaises postures notamment devant les écrans, les téléphones » — ainsi que le syndrome MCAS, à l'origine de réaction allergique à de nombreux aliments. « J'ai décidé d'opter pour des solutions naturelles. C'est comme ça que je suis entré dans le biohacking. »

Les bases du biohacking

« Le sommeil, l'alimentation, l'activité physique, ce sont les bases de tout », répète Adam. Louis, 25 ans, lui, a vu partir sa mamie et un ami « d'une longue maladie », puis son grand-père. « C'était horrible. Je me suis dit que je ne voulais plus jamais vivre ça. » Alors, comme Adam, il passe des heures chaque jour à mieux craquer les codes du corps humain en général — et du leur en particulier —, à essayer des protocoles. Avec la conviction, comme de nombreux biohackers, qu'en « optimisant » leur quotidien, ils pourront vivre en bonne santé… jusqu'à 120 ans.

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Signe que la tendance — initiée par l'Américain Bryan Johnson — intéresse, pas moins de cinq livres sont sortis en France ces derniers mois. Et des dizaines de milliers de followers suivent leur quête.

Une routine quotidienne rigoureuse

Sa routine, Adam l'applique même à l'autre bout du monde : coucher à la même heure tous les soirs, vers 21h30. Au réveil, pas de téléphone, mais une sortie pour s'exposer à la lumière du jour. Pas de produits ultratransformés dans l'alimentation ni d'ingrédients controversés dans ses produits d'hygiènes. Et quand il travaille, il fait des pauses, il bouge — « Le mouvement, c'est la vie » — et pose des glaçons sur son nerf vague dans le cou « pour détendre et apaiser le rythme cardiaque ». Sans oublier le dîner à 18 heures et le masque sur les yeux pour dormir dans le noir absolu.

« Mais si je ne faisais pas ça, je serais cloué au lit », explique-t-il avec simplicité. Sur ses yeux, des lunettes aux verres jaunes que l'ancien entrepreneur dans le marketing digital a lui-même mises au point. « Elles limitent l'impact sur le corps humain des lumières bleues et artificielles. »

Louis, lui, commence sa journée par une douche aussi froide que possible et suit un rythme un peu moins strict. « Je suis créatif le soir, je ne me couche pas très tôt. Il ne faut pas oublier la notion de plaisir. Mais j'essaie d'être régulier. »

Les technologies de pointe

Et puis, à ces habitudes simples, s'en ajoutent d'autres moins conventionnelles. Des « coups de pouce » des nouvelles technologies, qui, ils l'espèrent, leur permettront de grappiller quelques décennies supplémentaires après 100 ans.

Et, là aussi, la liste est longue. Caissons hyperbares pour mieux oxygéner son corps, saunas chaud-froid, lumière rouge pour accélérer la régénération cellulaire, thérapies PEMF (des ondes électromagnétiques) pour les réveiller. Toutes les six semaines, Louis fait aussi « analyser (son) sang » : « Pour hacker le système, il faut le connaître. » D'ailleurs, il montre le bracelet noir à son poignet, un Whoop qui affiche son âge physiologique : 19,3 ans. « Tout ça m'a fait gagner cinq ans. C'est déjà pas mal », sourit-il.

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Il y a aussi, chez Adam, les compléments alimentaires qu'il transporte dans une valise dédiée, les perfusions de vitamines, minéraux et autres acides aminés qu'il prend une fois par mois en duo avec sa compagne sur le canapé, les filtres à eau installés et ce panneau miniature à lumière rouge qu'il a amené avec lui dans son voyage, comme il le raconte, amusé.

Des expériences extrêmes

Et bien sûr, ces protocoles qu'il expérimente aux quatre coins du monde : « Pour l'instant, le plus étonnant a été la thérapie expérimentale que je viens de tester à Dubaï. On a filtré mon sang, c'est-à-dire qu'on l'a sorti, on en a retiré les métaux lourds, microplastiques et toxines, puis on me l'a remis dans le corps. »

Chaque année, ils dépensent 40 000 euros à deux avec sa compagne pour leur santé : « C'est un investissement. Plus tôt on s'y met, plus tôt on optimise ses chances. Car le cancer qu'on développe à 70 ans est le fruit de tout ce qui s'est accumulé avant. »

Le biohacking en France

En France, de plus en plus de cliniques privées proposent désormais des séances de sport augmenté de ces techniques de lumière rouge, ondes électromagnétiques et accompagné de perfusion « IV Drip », ces cocktails de vitamines et minéraux. À chaque fois moyennant plusieurs centaines d'euros.

« Mais notre rêve, c'est qu'un jour, on n'ait plus besoin d'Ehpad, assure Nicolas Olivier, l'un des cofondateurs de la maison Epigenetic, une de ces cliniques. Le corps humain a des capacités remarquables. Nous ne sommes qu'au début de la compréhension des mécanismes qui le font fonctionner. Et on assiste à une croissance hallucinante des progrès scientifiques et médicaux. »

Le sommet sur la longévité 2026

Alors, ce mercredi, dans l'amphithéâtre majestueux de l'Académie de médecine, à l'occasion du Sommet sur la longévité 2026, le sujet du biohacking divise. Certains dénoncent l'usage de techniques dont on ne connaît pas encore les effets, d'autres, comme Éric Verdin, patron du Buck Institute for Research on Aging, en Californie, salue une prise en main par chacun de sa santé : « Certaines techniques fonctionnent. On sait par exemple que plus on va au sauna et plus les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète ou d'Alzheimer diminuent. »

Dans le fond de la salle, deux vieux camarades, tête grise, s'interpellent. « Qu'est-ce que tu deviens ? », lance le premier. « Je vieillis », lance l'autre dans un éclat de rire.

Mais ici, on est plus pragmatique : « Nous ne cherchons pas à prolonger la vie, mais à vivre en bonne santé plus longtemps. D'abord parce que personne ne veut passer des dizaines d'années malade. Et parce que notre société ne peut pas se payer le luxe de regarder cet afflux de personnes âgées sans rien faire », souligne Sandrine Andrieu, chef de service au CHU de Toulouse et responsable de l'équipe vieillissement.

Les habitudes simples avant tout

Étonnamment, on prône d'abord des habitudes simples : « Bien manger, dormir au moins sept heures, avoir des connexions sociales, réduire le stress, marcher 15 minutes le matin puis 15 minutes le soir, tout cela se superpose et augmente l'espérance de vie. On note de 15 à 20 ans de différence entre quelqu'un qui a un style de vie sain et un autre », assure Éric Verdin.

« Nous pouvons aujourd'hui parler de révolution, assure Yves Rolland, membre de l'IHU HealthAge de Toulouse. Nos connaissances sur la biologie de vieillissement augmentent rapidement et offrent des perspectives thérapeutiques tant à titre individuel que collectif. »

Les avancées scientifiques

En effet, les chercheurs savent aujourd'hui identifier, au cœur du corps humain, 12 signes biologiques du temps qui passe — l'inflammation des cellules, diverses modifications de l'ADN (réduction des télomères, épuisement des cellules souches, dysfonctionnement mitochondrial, etc.).

Des dizaines d'essais cliniques tentent aujourd'hui, un peu partout dans le monde, de les comprendre. D'autres se penchent sur les effets de molécules qui pourraient « soigner » les mécanismes du vieillissement et, donc, les maladies de l'âge. « Chez les animaux, on arrive aujourd'hui à contrôler le vieillissement, non seulement avec des mutations mais aussi avec des médicaments », poursuit Éric Verdin. Chez l'homme, pas encore : « Mais certains des médicaments que l'on utilise, comme l'Ozempic, le Mounjaro, ont des signatures d'activités antivieillissement et nous allons tester cela. »

La metformine aussi, utilisée contre le diabète : « Plusieurs études évaluent l'efficacité dans l'arthrose du genou, la maladie de Parkinson ou encore des troubles neurocognitifs légers », explique Davide Angioni, de l'IHU de Toulouse. Autre piste prometteuse : les thérapies à base de cellules souches. « Deux études de phase II sont en cours pour évaluer leurs effets chez des personnes âgées et fragiles ainsi que pour le traitement des principales pathologies liées à l'âge comme Alzheimer, Parkinson, diabète », poursuit le chercheur.

Vivre à 100 ans comme aujourd'hui à 80 ans

« Dans un avenir proche, nous allons avoir les premiers résultats de tous ces essais cliniques », se réjouit Sandrine Andrieu. Mais de là à repousser la mort à 120 ans, « ça me paraît excessif, estime-t-elle. En revanche, avoir à 100 ans les capacités d'une personne qui en a aujourd'hui 80, oui, ce sera tout à fait possible dans un avenir proche ».

Alors pourquoi pas guérir du vieillissement ? Comme l'ont fait des équipes de l'Inserm en réussissant à rajeunir des souris. De Jeff Bezos à Sam Altman (OpenAI), les patrons de la tech ont investi plusieurs milliards d'euros dans des start-up visant à repousser encore plus loin les limites. En avril, la Russie a affirmé que les chercheurs y développaient un premier médicament de thérapie génique au monde qui permettrait de bloquer le gène RAGE, dont l'activation déclenche le vieillissement cellulaire.

« Malheureusement, l'immortalité n'est pas possible, tempère Éric Verdin. On ne pourra pas tout guérir. Au bout d'un moment, il y aura une dégénérescence des organes. Mais jusqu'où, on ne le sait pas encore. »

« Il faut tenir les prochaines années. On est à un moment charnière, sourit Louis. Les progrès de la science vont sans doute être tels qu'on pourra vivre peut-être même jusqu'à 200 ou 300 ans ? J'aime bien ma vie. Si je pouvais passer plus de temps avec mes proches, en profiter plus, ça serait bien. Parce que 80 ans, quand on regarde à l'échelle du monde, ce n'est vraiment pas beaucoup. »