Conflit à Acotz : riverains contre projet de camping de luxe
Acotz : riverains contre projet de camping de luxe

Ce mardi 28 avril, une cinquantaine de riverains ont exprimé leur colère et leur inquiétude concernant le projet du groupe Bonjour Sauvage, nouveau propriétaire du camping Inter Plages. Plusieurs membres de l’enseigne hôtelière sont venus à leur rencontre, sans réussir à les convaincre.

Un projet contesté

Propriétaire depuis juin 2025 de l’ancien camping Inter Plages situé dans le quartier Acotz, le groupe d’hôtellerie en plein air Bonjour Sauvage indiquait, depuis plusieurs jours, vouloir « s’exprimer » et « expliquer sa démarche » une semaine après un communiqué de la mairie l’accusant d’avoir engagé des travaux sans autorisation. Une conférence de presse était donc prévue, ce mardi 28 avril. Occasion pour l’enseigne, qui prévoit d’installer 41 hébergements, une piscine et une offre de restauration sur la colline, de présenter son projet mais aussi se justifier.

« Objectif pognon »

Ce qu’elle a pu faire directement auprès des riverains, puisqu’une cinquantaine d’habitants du quartier et membres d’associations locales se sont rassemblés devant l’entrée du site, pancartes en main : « Objectif pognon. Et l’érosion ? », « Bonjour Sauvage, écolo-carnage » ou « Lafitenia ez da salgai » (« Lafitenia n’est pas à vendre »). Le collectif dénonce un projet uniquement capitaliste, dangereux et irrespectueux pour l’environnement.

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Les représentants du groupe, dont l’actionnaire David Letellier, sont venus à leur rencontre pour échanger avec eux pendant près de deux heures. En appelant notamment à ne « plus faire l’amalgame » avec le Carlos Beach Lafitenia, projet voisin largement décrié entre 2020 et 2023, qui a notamment été condamné à payer 300 000 euros d’amende pour avoir installé des structures sans autorisation. Et en demandant de la confiance pour développer son projet : « Laissez-nous au moins une chance ! »

Inquiétudes environnementales

Ce que les riverains ont eu du mal à accorder, exprimant pour leur part leurs nombreuses et importantes inquiétudes. La première d’entre elles concerne la mise en danger de la falaise, après que trois arbres centenaires ont été coupés récemment pendant des travaux. « Ce qui nous inquiète, c’est la dévégétalisation du site, confirme l’une des manifestantes. Et alors que Bonjour Sauvage se dit écolo. Il y a une énorme contradiction entre les discours et les actes. »

Sollicité par « Sud Ouest », Alexis Baquerin, cofondateur et directeur général de la marque s’explique : « Il n’y a eu ni défrichage ni déboisement. » S’il reconnaît que trois arbres ont été coupés, il justifie cet acte par leur « mauvais état sanitaire », tout en annonçant que son projet prévoit la plantation de « 106 arbres et 14 000 végétaux » dès cette année.

Le groupe reconnaît une « erreur »

Les opposants accusent par ailleurs les promoteurs de ne pas avoir réalisé d’étude d’impact sérieuse pour s’adapter à l’accélération de l’érosion. Colère cristallisée, ces derniers jours, par l’installation de trois mobile homes arrondis, largement décriés sur les réseaux sociaux. « Depuis l’océan, on ne voit plus que ça sortir de la falaise et la défigurer », fustige un surfeur. « Vous piétinez nos terres et vous nous piétinez ! On rase tout, on vient avec son pognon et on fait n’importe quoi. Ça s’arrête quand ? »

Concernant ces trois mobile homes, Bonjour Sauvage reconnaît une erreur. « On comprend qu’ils étaient trop visibles et qu’on aurait dû les implanter ailleurs », concède Alexis Baquerin, rappelant qu’il a finalement été décidé de les retirer définitivement, comme l’indiquait « Sud Ouest ».

« Hôtellerie de luxe »

Le courroux des opposants porte également sur le volet économique et l’offre « de luxe » proposée par Bonjour Sauvage, accusé d’avoir une approche purement lucrative alors que les nuitées proposées coûtent entre 100 et 200 euros. Un « business destiné à une élite dont les locaux sont exclus », déplorent les opposants.

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Nouvelle moue sceptique du fondateur de la marque : « Nos prix restent moins élevés que l’hôtellerie traditionnelle et ils ne sont pas bien différents de ce qui se fait sur d’autres campings de la côte. Sachant que, quand on construit des hébergements dans des lieux naturels incroyables, avec du bardage en bois et pas en plastique ou des matériaux biosourcés, ça coûte plus cher ». Pas de quoi convaincre le collectif qui dit « exiger un projet moins hypocrite, avec plus de respect des lois, de la nature et des personnes ».

Le calendrier inchangé

Le dialogue entre opposants et gérants s’est poursuivi au sein du camping, où plusieurs membres du collectif ont été invités. Pas de nature à faire changer d’avis les deux parties. À l’instar de Bonjour Sauvage, interrogé sur son droit, ou non, à mener ses opérations de chantier sur la falaise, qui a maintenu son discours : « Un permis d’aménager est obligatoire seulement quand on augmente la capacité de 10 % ou quand on modifie substantiellement l’aspect végétatif. Là, il n’y a pas de nouvelles constructions : nous réutilisons simplement les emplacements autorisés. » Un rendez-vous sur site entre la mairie et le groupe doit désormais avoir lieu pour clarifier la situation et évaluer la conformité des opérations. Un moment attendu « avec impatience » par les riverains et par Bonjour Sauvage qui affirme qu’il « assumera toute décision » en cas d’irrégularité.