270 km dans le Sahara : le défi fou de deux Azuréennes pour une proche malade
270 km dans le Sahara : le défi fou de deux Azuréennes

« Le monde que vous connaissez s’arrête ici. » Le ton est donné d’emblée, sur l’arche gonflable qui matérialise la ligne de départ. Ce dimanche 5 avril, au Maroc, Violaine Charlat et Manon Laurenceau s’élancent pour un marathon de 270 km dans le Sahara. Neuf jours et huit nuits à évoluer dans un autre monde, à braver la douleur et les éléments hostiles, à souffrir de plaisir lors du Marathon des sables legendary.

Défi relevé. Et brillamment. Ces deux Azuréennes ont bouclé ce défi fou. Ils sont 1350 coureurs – sur 1500 – à être allés au bout. Violaine, 36 ans, Cagnoise d’adoption, et Manon, 31 ans, établie à Mandelieu, ont fini respectivement 105e et 107e sur 341 femmes. « Et on en avait encore sous le pied ! », sourit Violaine Charlat. Dix jours après son retour, la marathonienne des sables peine encore à atterrir. « C’était extrême et intense. C’est difficile de mettre des mots sur ce qu’on a vécu... Un Marathon des sables, ça ne se raconte pas ; ça se vit. » Elle en comptait déjà trois à son actif, en version « semi » (120 km). Mais le « Legendary », c’est une autre histoire. Surtout pour sa 40e édition.

100 km non stop en 20 heures

Entre 23 et 42 km par jour à marcher et courir entre dunes et rochers, une étape de 100 km non stop, zéro à quatre heures de sommeil par nuit, quatre à cinq kilos perdus... Voilà à quoi a ressemblé cette aventure hors norme, « extrême de par les conditions et la durée de l’effort ». Le tout rythmé par des ravitaillements en eau tous les dix kilomètres, mais en autonomie alimentaire.

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À l’arrivée, les deux Azuréennes « n’étaient pas cassées. Pas de courbatures. » L’expérience de Violaine, la préparation avec coaches et nutritionniste ont porté leurs fruits. « C’est fou ce que le corps peut endurer !, s’exclame-t-elle. Cela fait prendre conscience à quel point on est fait pour bouger, ne pas être sédentaires. »

Nos « évadées du désert », comme elles se sont baptisées, en ont tout de même bavé. Pour Violaine, une bénigne ampoule au pied a dégénéré en allergie dès la deuxième étape. « J’ai découvert la douleur des pieds, sourit-elle, encore en phase de cicatrisation. J’ai appris à accueillir les épreuves de l’aventure, même si c’était un gros... grain de sable. Il y en a qui finissent en tongs ! »

Manon, elle, a eu un sacré coup de mou sur la terrible étape de 100 km. Alors elle a « fait basculer le cerveau en mode automatique. Je me répétais sans cesse de ne pas lâcher. L’arrêt n’était pas une option ! Il fallait trouver des ressources inconnues. »

Et puis il y a eu ces tempêtes de sable. Notamment dans l’ultime ligne droite. « Un mélange de sable, de pluie et de vent, témoigne Manon. On avait l’impression de recevoir des aiguilles sur tout le corps, comme si le désert nous disait : « Voilà de quoi je suis capable ». C’était chouette de se confronter à ces conditions », philosophe-t-elle sans ironie.

Car tous ces aléas s’éclipsent face aux émotions XXL vécues durant ce marathon. Cette « sensation de flottement » qui a étreint Violaine en dévalant les dunes. Ces « paysages époustouflants », cette « aventure humaine très riche » qui ont subjugué Manon. Ces fous rires, cette solidarité à toute épreuve, ces « histoires de vie partagées en toute simplicité », ces « silences qui se transforment en confidences ».

Marathon solidaire

Il y a aussi eu ces larmes, ruisselant sur les joues de Violaine à l’arrivée des 100 km. Et puis, au final, l’immense fierté d’être allées au bout. Pour elles. Pour Rose (1). Et pour tous ceux qui, comme cette proche, luttent contre la sclérose en plaques.

Violaine Charlat et Manon Laurenceau ont couru pour l’association Helpiti, qui aide des femmes à se reconstruire, à travers des défis sportifs et humanitaires. « Penser à elle nous a portées tout du long, témoigne Violaine Charlat. Quand on a mal, qu’on est fatigué, on se dit que c’est peut-être ce qu’elle ressent dans son quotidien, sans rien faire. Ces pensées aident à relativiser et donnent une force intérieure. »

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La course est finie, mais le marathon solidaire continue. « Les évadées du désert » ont déjà levé 16 000 euros pour la recherche contre la sclérose en plaques. Les mécènes restent les bienvenus, la cagnotte est encore ouverte (2). Et l’appel du désert résonne toujours en elles. Violaine a déjà gagné son dossard pour la prochaine édition, et un mental d’acier pour la suite. « C’est l’accomplissement ultime. Là je suis prête à affronter tout ce qui peut me tomber dessus ! »

(1) Son prénom a été modifié afin de préserver son anonymat. (2) https://www.helloasso.com/associations/helpiti/formulaires/10