Var : un appel pressant aux nouveaux maires pour développer les filières bio locales
Alors que les nouvelles mandatures municipales viennent de débuter dans le Var, l'association Agribiovar, qui promeut l'agriculture biologique dans le département, lance un appel solennel aux élus locaux. L'organisme les exhorte à saisir cette opportunité unique des six ou sept prochaines années pour faire progresser concrètement la cause du bio, au bénéfice direct des écoliers et de l'environnement varois.
La cantine scolaire : un levier majeur d'égalité sociale et de santé publique
Agribiovar rappelle avec force que les communes détiennent un pouvoir d'action déterminant sur les politiques agricoles et alimentaires, notamment via la gestion du foncier, de l'eau et surtout de la restauration collective. Le premier sujet abordé est l'alimentation des enfants, avec des chiffres qui interpellent.
« L'alimentation déséquilibrée représente un coût estimé à 12 milliards d'euros par an pour le traitement de maladies évitables comme l'obésité, le diabète ou les cancers », souligne l'association. « L'étude NutriNet-Santé montre 25 % de cancers en moins chez le quart de la population qui consomme le plus de bio. » Face à cette réalité, 63 % des Français se déclarent inquiets des effets de l'alimentation sur leur santé.
Dans le Var, la cantine scolaire constitue l'outil le plus concret dont disposent les municipalités, avec 375 000 repas servis chaque semaine à près de 75 000 élèves uniquement dans les écoles primaires. « Ce moment quotidien est un levier majeur d'égalité sociale : tout le monde mange ensemble », insiste Agribiovar.
Pourtant, en 2024, seulement 16 % des établissements varois atteignent les objectifs de la loi EGalim, qui prévoit 50 % de produits durables dont 20 % de produits bio. « Le bio reste socialement différencié, réservé aux plus diplômés. Vos cantines corrigent cette injustice », affirme l'association, citant des communes comme Correns, Rocbaron ou Ramatuelle qui démontrent que dépasser ces objectifs est parfaitement réalisable.
Des impacts économiques et environnementaux directs
Les choix municipaux en matière de restauration scolaire ont des répercussions immédiates sur l'agriculture locale. « La commande publique crée des débouchés stables et structure des filières complètes, de la production à la transformation, avec des emplois locaux durables », explique Agribiovar.
Pour que ces débouchés existent durablement, l'association encourage les maires à utiliser leurs leviers communaux concrets :
- Préemption Safer et baux ruraux longue durée pour libérer la terre
- Zonage PLU qui protège les sols de l'artificialisation
- Espaces-tests et clauses sociales pour sécuriser les nouveaux installés
« Ces outils, liés aux cantines, créent des filières bio complètes et accélèrent la transition agricole locale », résume l'organisme.
L'urgence sanitaire face à l'exposition aux pesticides
Agribiovar alerte particulièrement sur les enjeux sanitaires, rappelant que plusieurs dizaines de communes du Var comptent une ou plusieurs écoles primaires parmi les 25 % les plus exposées de France aux pesticides.
L'étude PestiRiv (Santé publique France / Anses, 2025) montre une surexposition des riverains vivant à proximité des cultures, avec la présence de substances comme le glyphosate ou le folpel. Cette même étude démontre des pollutions largement moindres sur les sites en agriculture biologique.
Dans le département, huit captages d'eau potable sont aujourd'hui classés prioritaires par l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse du fait de leur contamination aux pesticides et/ou aux nitrates. « Du Pradet à La Garde, en passant par Saint-Cyr-sur-Mer et Hyères, les données de surveillance 2022-2025 sont préoccupantes », détaille l'association.
Sur ces huit sites, quatre voient encore leurs concentrations en pesticides progresser. Depuis 40 ans, 34 % des abandons de captage peuvent être imputés à une présence trop forte de particules nocives directement issues de l'activité agricole conventionnelle.
Un enjeu économique pour les collectivités
Avec pragmatisme, Agribiovar pointe également un aspect financier crucial. « Les traitements pour débarrasser l'eau potable des résidus de pesticides et de leurs dérivés sont de plus en plus coûteux », explique l'association.
Selon un rapport du Sénat de 2025, les augmentations tarifaires liées à ces traitements représentent entre 36 et 48 euros supplémentaires par an sur la facture d'eau d'un foyer moyen. Ces coûts sont majoritairement supportés par les collectivités, donc par les contribuables.
« Une agriculture sans pesticides ni engrais de synthèse n'est pas qu'un choix environnemental ou éthique. C'est aussi, pour nos communes, une nécessité économique », conclut Agribiovar.
Une offre d'accompagnement concrète
L'association termine son appel de manière constructive, en proposant son expertise aux nouvelles équipes municipales. « Vos nouveaux mandats sont une opportunité unique : lancer des projets structurants qui produisent des effets immédiats et des économies durables sur des décennies », encourage Agribiovar.
« AgribioVar et ses partenaires ont l'ingénierie et l'expertise pour transformer votre volonté politique en actions concrètes sur le terrain. » La balle est désormais dans le camp des maires varois, mais aussi des citoyens qui peuvent jouer un rôle de médiation et de sensibilisation auprès de leurs représentants élus.



