Sécheresse : l'agroécologie pour réduire les besoins en eau
Sécheresse : l'agroécologie pour réduire les besoins en eau

Face à l'augmentation des sécheresses liée au changement climatique, l'agriculture française doit s'adapter pour réduire sa consommation d'eau. Selon des chercheurs de l'Inrae, l'irrigation représente actuellement environ 60 % des consommations d'eau en France, alors qu'elle ne constitue que 7 à 12 % des prélèvements. Cette différence s'explique par le fait que l'eau prélevée pour les cultures s'évapore ou est absorbée par les plantes, contrairement à d'autres usages comme le refroidissement des centrales électriques où l'eau est restituée aux hydrosystèmes.

Des leviers complémentaires à l'irrigation

Les chercheurs Juan David Dominguez Bohorquez, Delphine Leenhardt, Lionel Alletto et Sami Bouarfa soulignent que l'irrigation n'est pas le seul moyen de sécuriser les rendements. La sélection d'espèces adaptées au stress hydrique et des pratiques agricoles appropriées peuvent améliorer la résilience des cultures. Cependant, il faut trouver un compromis entre la résistance à la sécheresse et le maintien du rendement : une plante qui investit dans ses racines pour chercher l'eau en profondeur produit moins de biomasse récoltable.

Le stockage de l'eau dans les sols est un autre levier essentiel. Il dépend de la texture du sol (proportions de sable, limon, argile) et de sa teneur en matière organique, mais aussi des pratiques agricoles qui favorisent l'infiltration et limitent l'évaporation. Par exemple, maintenir une couverture végétale entre deux cultures protège la surface et apporte de la matière organique, améliorant la structure du sol et sa capacité à retenir l'eau.

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L'agroécologie pour améliorer le stockage de l'eau

Les pratiques agroécologiques, qui visent à préserver les ressources naturelles, sont au cœur de cette approche. Les rotations de cultures stimulent la vie du sol (vers de terre, microorganismes) et améliorent sa structure. La réduction du travail du sol, notamment la suppression du labour, préserve la porosité et facilite l'infiltration. L'agroforesterie, en introduisant des arbres, modifie le microclimat (ombrage, réduction du vent) et limite l'évaporation, même si les arbres consomment aussi de l'eau, ils exploitent des couches plus profondes.

Au-delà de la parcelle, la gestion du paysage peut contribuer à retenir l'eau : des infrastructures comme les haies, terrasses ou fossés ralentissent les flux vers l'aval, réduisant ruissellement et érosion. Ces pratiques sont souvent combinées, notamment dans l'agriculture de conservation des sols, qui associe couverts végétaux permanents, réduction du travail du sol et diversification des rotations.

Des résultats encourageants et des projets en cours

Le programme de recherche BAG'AGES, mené dans le bassin Adour-Garonne, a confirmé que ces pratiques améliorent l'infiltration de l'eau et augmentent le réservoir d'eau utile du sol de 10 à 15 % par rapport à des sols labourés, tout en réduisant le ruissellement. Toutefois, ces effets varient selon les types de sols et peuvent nécessiter plusieurs années pour être pleinement observables.

Dans les systèmes irrigués, un pilotage adapté de l'irrigation combiné à ces pratiques peut réduire les besoins en eau et donc les prélèvements dans les nappes, lacs et rivières. Cependant, l'irrigation reste nécessaire pour certaines productions à forte valeur ajoutée, comme le maraîchage ou l'arboriculture. Le projet TAI-OC (Transition agroécologique et irrigation en Occitanie), financé depuis fin 2022 par l'Inrae et la Région Occitanie pour cinq ans, explore la notion d'« irrigation multiservice », qui vise à maximiser les bénéfices à long terme de l'eau utilisée, par exemple pour installer des arbres qui demanderont moins d'eau ensuite ou pour irriguer des couverts végétaux qui enrichiront le sol.

Les chercheurs appellent à intégrer ces approches dans les projets territoriaux de gestion de l'eau (PTGE), qui construisent collectivement un équilibre durable entre les usages. Ils estiment que les solutions de stockage dans des retenues ne devraient être envisagées qu'après une évaluation comparative de tous les leviers disponibles, ouvrant ainsi la voie à un nouveau modèle de gestion de l'eau.

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