Kali, jument sauvée de la maltraitance, rééduquée pour les vignes girondines
Jument sauvée de la maltraitance rééduquée pour les vignes

Après avoir recueilli une jument de trait dans un état critique, une prestataire en traction animale de Grézillac entame un long processus de rééducation pour l’intégrer aux sols viticoles girondins.

Un sauvetage inattendu

Son regard l’a arrêtée net. « Je ne pouvais pas la laisser là. » Quand Juliette Bourdot découvre Kali, une jument de trait Auxoise de 6 ans, dans une annonce en ligne, elle ne s’attend pas à une telle réalité. L’animal vit enfermé en permanence. Amaigrie. Sans soins vétérinaires ni suivi, Kali est loin de la simple « perte d’état » mentionnée. « Elle était douce, gentille. Pour moi, ce qu’elle a subi, c’est de la maltraitance, même sans coups. »

Installée à Grézillac, la prestataire de services en traction animale décide pourtant de l’acheter. Une décision instinctive, mais lourde de conséquences pour son activité encore récente. Juliette a lancé une cagnotte pour aider à financer ses différents frais. Kali est confiée à une pension spécialisée afin d’entamer un long processus de remise en état. Il lui manque alors près de 300 kilos. Les premiers mois sont consacrés à l’essentiel : réalimentation progressive, soins dentaires, parage des sabots, vaccins. « Un cheval qui a vécu enfermé ne peut pas être remis brutalement au pré », précise Juliette. Une herbe trop riche peut provoquer des complications.

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« On repart de zéro »

Au-delà du physique, tout est aussi à reconstruire dans le comportement. Kali n’a jamais connu ni le travail, ni de véritables interactions sociales. L’été prochain, elle ira chez Cléa Netzer, une éthologue girondine, poursuivre sa rééducation. « On repart de zéro. Ça peut prendre des semaines comme des années. » Juliette le sait : chaque cheval a son rythme. Avec Idole et Gazelle, ses deux autres juments, elle a appris à composer avec des caractères très différents. « Trois saisons ont été nécessaires pour en former une, deux jours pour l’autre. »

Car l’objectif est bien là : voir un jour Kali dans les rangs de vigne. Depuis quatre ans, Juliette sillonne la Gironde avec ses chevaux pour travailler les sols viticoles. De Fronsac à Sauternes, elle intervient dans une dizaine de domaines. Pas de tracteur, mais un travail lent, précis et profondément physique. « On fait environ un demi-hectare par jour, trois heures de travail par cheval. » Au-delà, l’effort devient trop important. Le reste du temps, les animaux récupèrent au pré, jusqu’à vingt et une heures par jour.

Un travail d’équilibre

Dans les rangs, chaque détail compte. La nature du sol – argileux ou plus léger –, la pente, la chaleur ou encore l’humidité modifient la difficulté du travail. Certains jours, « ça ne passe pas », et il faut ralentir. D’autres fois, les juments enchaînent les rangs avec fluidité. « Il y a des jours avec et des jours sans. » Juliette adapte en permanence, change de cheval en cours de journée, ajuste la durée des passages.

La communication se fait à la voix : « devant », « doucement », « un pas ». À l’écoute, les oreilles d’Idole se tendent au moindre signal. « Ce sont des animaux très sensibles. » Pour maintenir leur engagement, Juliette veille à instaurer un équilibre. À la fin de certains rangs, elle laisse Idole ou Gazelle brouter quelques minutes. « Il faut qu’elles trouvent un confort dans le travail. On partage l’effort. »

La traction animale : un travail plus précis

Former un cheval de trait demande du temps. Beaucoup de temps. « Il faut toute une vie pour faire un bon cheval », insiste-t-elle. Derrière l’image apaisée, des années d’éducation, de désensibilisation, d’habituation aux bruits tels que les tracteurs, outils, environnement sont nécessaires. Et chaque jument réagit différemment. « On arrive toujours à faire de leur caractère une force. » Idole, elle, a « plus la niaque, elle prend sur elle pour faciliter la tâche. »

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Dans certains domaines, comme au château Lafaurie-Peyraguey, dans le Sauternais, ce choix est pleinement assumé. Depuis six ans, la traction animale y est utilisée sur les 19 hectares. Le travail est jugé plus précis, moins agressif pour les sols. « Les racines plongent plus profondément, la vigne résiste mieux à la sécheresse », explique Simon Deleporte, responsable technique depuis quatre ans. À long terme, la qualité du raisin s’en ressent. Un retour à des pratiques anciennes, abandonnées avec la mécanisation, mais qui répondent aujourd’hui à de nouvelles exigences.

Un avenir dans les vignes

Pour Kali, ce futur reste encore à construire. Après plusieurs mois de soins et d’apprentissage, elle rejoindra ses compagnes dès septembre. Les premiers pas dans les vignes se feront progressivement, par observation et mimétisme. « Elle va regarder les autres, comprendre, et trouver sa place », espère Juliette. Une cagnotte en ligne a permis de récolter plus de 3 000 euros pour financer les soins de Kali.