Une semaine de tempête, deux semaines de crue
Du jeudi 12 au mercredi 25 février 2026, le Sud-Gironde a été soufflé avant d'être noyé. Jour après jour, replongeons au cœur de ces deux semaines de catastrophes qui ont marqué le territoire. Dans les pas des sinistrés, des secours, des élus, des commerçants… Le regard de ceux qui ont vu leur quotidien bouleversé.
Le Sud-Gironde pensait prendre l'eau, mais c'est finalement le ciel qui lui est tombé sur la tête. Jeudi 12 février, la tempête Nils a couché les arbres, arraché des toitures, coupé des poteaux du réseau d'électricité, laissant le territoire sur le flanc, ankylosé. Une première lame suivie d'une crue majeure, plus haute et beaucoup plus longue que celle de 2021. Pendant quinze jours, certains ont vécu sans électricité, d'autres avec de l'eau dans le salon, d'autres encore sans robinet – parfois les trois. Pot-pourri de sentiments mêlés, de l'angoisse à la joie, de l'impuissance à la solidarité.
Mercredi 11 février : les préparatifs
À 10 heures, à Bourdelles, le maire Jean-Michel Mascotto orchestre les préparatifs. Les batardeaux sont sortis du hangar communal. « Tu leur dis bien qu'ils sortent tout. Les voitures, les moteurs… Tout ce qu'il y a dans les garages, ils le sortent. » Dans ce hameau de 98 habitants, entièrement en zone inondable, tout le village regarde les digues. « On tient avec la digue à 8,85 mètres. Si ça passe au-dessus, même un peu, c'est tout le village qui peut être inondé. »
Jeudi 12 février : la tempête et la montée des eaux
Au matin, La Réole semble attirée par la Garonne. Le fleuve déborde sur les quais. Mais c'est du côté des terres balayées par la tempête qu'il faut regarder : 128 000 foyers sans électricité, 100 000 clients sans téléphone. À Saint-Pierre-d'Aurillac, le maire lance un appel sur Facebook : « Rendez-vous à la mairie avec bottes et tronçonneuses. »
À Fargues, le parc animalier Le Petit Monde de Lily est dévasté. Aurélie Garcia, en larmes, demande de l'aide. À Mongauzy, tout le village est dans le noir. La sirène retentit à La Réole. Samy Azhar, évacué, a de l'eau jusqu'à la taille dans son rez-de-chaussée.
Vendredi 13 février : la brèche
À Bourdelles, l'eau monte vite. Une brèche s'est formée dans la digue de Jusix. Le maire sillonne les rues à vélo. Michel Baillon, dont la maison sert de digue, choisit de rester avec sa mère de 89 ans. Les meubles sont hissés, les pièces du bas vidées. À 18 h 30, la préfecture officialise : Bourdelles et Hure seront impactées.
Samedi 14 février : l'archipel
À Floudès, Michaël Martinez sort le bateau de la réserve civile. « Madame Garonne a passé le portail », écrit-il. Floudès, Bourdelles, Barie, Bassanne deviennent des archipels. Une digue cède à Sainte-Croix-du-Mont. Le débat sur le financement des digues ressurgit.
Dimanche 15 février : le pic
À 6 heures, le pic est atteint à 9,86 mètres à La Réole. À Cadillac, Basile Navarri veille la montée des eaux. Le restaurant Le Voyageur a donné son dernier service. Michaël Martinez évacue des habitants en bateau. À Barie, la réserve communale patrouille. La Garonne avance à vol d'oiseau.
Lundi 16 février : la ministre et la colère
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, annonce la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. Mais sa sortie sur la taxe Gemapi provoque la colère des élus. « L'État se défausse », rétorque Daniel Barbe. Parallèlement, l'eau potable est contaminée à Verdelais, 1 000 foyers sans eau à Langon.
Mardi 17 février : les premiers nettoyages
À Cadillac, l'eau se retire. Les habitants raclent le limon. « Avant, on se disait bonjour. Maintenant, on boit un verre ensemble. » La crise de l'eau potable génère une ruée sur les packs d'eau. Les supermarchés sont dévalisés.
Mercredi 18 février : l'attente et les tensions
Le pont entre Saint-Macaire et Langon, fermé depuis samedi, rouvre en fin d'après-midi. Les usagers s'impatientent. À La Réole, le commerçant Émeric Sevin nettoie son épicerie, mais un rebond de la crue est attendu. La sirène retentit à nouveau.
Jeudi 19 février : l'enlisement
À Bourdelles, le village est toujours isolé. Victor Filipozzi, accoudé à sa voiture, cherche un bateau pour rentrer chez lui. « Je ne resterai pas ici pour une prochaine crue. » 15 foyers à Saint-Sève sont sans électricité depuis huit jours. Dominique Bonnet vit comme Robinson Crusoé, 12 degrés à l'intérieur.
Vendredi 20 février : le début de la reconstruction
À Cadillac, le Voyageur a rouvert. Aurélie Garcia reçoit de l'aide pour déblayer son parc animalier. À Caudrot, la directrice adjointe du Carrefour Contact annonce la fermeture définitive de la boucherie : 25 000 euros de marchandises perdus.
Samedi 21 février : le grand nettoyage
À Bassanne, le maire Richard Gauthier sort le bateau une dernière fois. Les pompiers arrivent pour le nettoyage. Au Moulin de Flaujague, Jérôme Atenzia a l'air hagard. Chaque coup de raclette semble dérisoire.
Mercredi 25 février : la décrue
La Garonne est tombée de plus de 4 mètres. À Bassanne, la salle des fêtes sert de base arrière. À Floudès, Michaël Martinez a retrouvé la terre ferme après dix jours. Marie Lacroix, présidente du Cercle du village, évacue des livres abîmés. « On ne s'habitue pas. »
Jeudi 26 février : l'après
Bourdelles est de nouveau accessible. Les experts en assurances arpentent le village. Le maire compte : deux familles quittent la commune. « C'est terrible. » Samy, sur les quais de La Réole, cherche un nouveau logement en hauteur. La Garonne laisse des traces durables, une odeur de vase qui colle aux narines.



