Traînées d'avion : Thalès et Amélia testent avec succès une solution pour réduire leur impact climatique
Traînées d'avion : une solution testée pour réduire leur impact climatique

Les traînées blanches des avions : un accélérateur méconnu du réchauffement climatique

Vous avez déjà observé ces longues traînées blanches laissées par les avions dans le ciel bleu ? Si elles peuvent évoquer des voyages lointains, certaines d'entre elles constituent en réalité un problème environnemental sérieux. Ces traînées de condensation contribuent de manière significative au réchauffement climatique. La bonne nouvelle vient de Thalès et de la compagnie Amélia, qui ont annoncé jeudi le succès de leurs tests visant à réduire fortement ces émissions nocives.

Le mécanisme des traînées de condensation

Diane Vitry, directrice aviation de l'organisation non gouvernementale Transport & Environnement, explique le phénomène : « Quand un avion traverse une zone très humide et très froide de l'atmosphère, les particules qui sortent de l'avion se condensent avec l'eau de l'atmosphère et forment une traînée, semblable à la buée qu'on dégage par la bouche quand il fait froid ». Tous les vols produisent du CO2, mais l'aviation pollue également par des effets dits « non-CO2 », parmi lesquels les traînées de condensation représentent le problème le plus important.

Ces nuages artificiels créés par les avions ont un impact neutre pendant la journée. Cependant, la nuit, ils agissent comme une couverture en bloquant la chaleur, renforçant ainsi l'effet de serre et contribuant au réchauffement climatique de manière disproportionnée.

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La solution testée : éviter les zones à risque

Les tests menés par Thalès et Amélia, ainsi que par d'autres compagnies comme American Airlines, Air France, KLM et TUI, consistent à dévier légèrement certains avions de leur trajectoire habituelle. L'objectif est d'éviter les zones atmosphériques particulièrement humides et froides où se forment ces traînées problématiques.

« Cela consiste à faire descendre l'appareil un peu plus bas pour éviter la zone en question et remonter une fois qu'on l'a passée », précise Diane Vitry. Environ 3 % des vols sont responsables de 80 % des traînées de condensation, ce qu'on appelle les « big hits ». Ces tests visent spécifiquement ces vols particulièrement impactants.

Des résultats environnementaux prometteurs

Les premiers résultats sont encourageants. Amélia estime avoir réduit « l'impact climatique moyen par vol de près de 70 % » en modifiant seulement 59 des 6 400 vols opérés en 2025. Diane Vitry souligne que « les bénéfices climatiques sur ces vols singuliers sont 15 à 40 % supérieurs » aux inconvénients liés à la consommation supplémentaire de kérosène.

Pour éviter une traînée de condensation, l'avion doit effectivement voler un peu plus haut ou plus bas, ce qui entraîne une légère augmentation de la consommation de carburant. Cependant, « si on le fait de façon concentrée, les bénéfices climatiques sont immenses, même si on brûle un peu plus de CO2 », assure la spécialiste.

Les défis de la généralisation

La généralisation de cette méthode se heurte à plusieurs obstacles. Le principal frein est économique : « Consommer un peu plus de kérosène, cela suppose pour les compagnies de payer un peu plus pour un dispositif non obligatoire », note Diane Vitry. Pourtant, les modèles montrent que le coût supplémentaire ne serait que d'environ quatre euros par billet pour réduire considérablement l'impact climatique du vol.

Il ne s'agit pas de réorienter tous les vols, mais seulement les 3 % les plus problématiques, qui surviennent principalement la nuit et en hiver, « soit les périodes où il y a moins de vols et le moins de trafic ». Pour dépasser le stade des tests, il faudra intégrer cette approche à la régulation globale du trafic aérien.

Perspectives réglementaires

Diane Vitry voit dans la révision du marché du carbone, qui sera examinée dans trois mois à Bruxelles, une opportunité pour rendre ces pratiques plus systématiques. « Ce sera l'occasion de se questionner sur ce qu'on peut mettre en place pour que les acteurs du trafic aérien soient un peu obligés de le faire, et que ce soit fait de façon systémique », conclut-elle.

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Si les nouveaux moteurs et les carburants durables représentent des solutions à plus long terme pour décarboner l'aviation, l'évitement des zones atmosphériques à risque apparaît comme la méthode la plus efficace à court terme pour réduire l'impact climatique des traînées de condensation.